LeRomanais

Agir local, penser global. L’internet local à Romans-sur-Isère et ses environs (Drôme).

Archive for the ‘Réaction’ Category

De la piscine au Centre Nautique : ce qui change c’est le prix

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Le complexe aquatique « Diabolo » ouvrira ses portes le 4 juillet à midi. Les bassins ont été mis en eau, comme le montre l’album photo du chantier. Et les tarifs d’accès publiés.

Ces tarifs répondent bien à la question que nous nous posions il y a 4 ans, lors de l’annonce du projet. L’entrée est à 3,50 euros pour les enfants (3 à 15 ans – pourquoi 15 d’ailleurs ? Pourquoi pas 18 ans ? les enfants ont-ils plus de revenus à partir de 15 ans ?) et à 4,5 euros pour les adultes – habitants la communauté de commune de Bourg-de-Péage (c’est un peu plus cher pour les autres). L’ancienne piscine publique était à 1,10 euros pour les enfants et 2,20 euros pour les adultes. Le Centre Aquatique de Saint-Vallier (qui est sur le même modèle que Diabolo) est symboliquement moins cher à 3,40 pour les enfants et à 4,20 pour les adultes.

Bien sûr, Diabolo propose des activités que ne proposait pas l’ancienne piscine de Bourg-de-Péage (toboggans…). Mais tout de même. Pour aller à la piscine en famille, il nous en coûtait 7,7 euros pour la journée. Désormais, il faudra dépenser 19,5 euros. Le calcul est simple. Nous irons 2,5 fois moins souvent. En dépensant la même somme, plutôt que d’y aller 3 jours, les gens ne pourront plus y aller qu’un jour sur trois.

A priori, aucune liaison en bus ne semble avoir été mise en place, ni un accès par piste cyclable continu depuis Romans ou Bourg-de-Péage. Visiblement, ce ne sont ni les Romanais ni les Péageois qu’on attend au Centre aquatique Diabolo.

On peut prédire un beau succès pour la piscine Caneton cet été qui avec un tarif d’entrée enfant à 1,40 euros (3,20 pour les adultes) devrait être remplie d’enfants tout l’été (la piscine extérieure Diderot et celle d’été du centre de Bourg-de-Péage ayant été fermées).

J’espère qu’à la fin de l’été on nous communiquera les statistiques de fréquentation de l’établissement (et notamment la proportion par lieu d’habitation et par âge) et qu’on pourra la comparer avec celle de Caneton – voir avec celle de l’ancienne piscine de Bourg-de-Péage -, pour dresser un premier bilan de cette exploitation et voir par sa fréquentation si elle répond aux besoins des gens de la Communauté de commune – ou si elle dessert d’autres usagers.

On souhaite à Diabolo un vrai succès, mais on aurait aimé un vrai effort sur les tarifs d’accueil. La piscine publique est un espace de partage populaire. C’est souvent l’une des seules distractions d’été des familles les plus simples, des enfants qui ne font ni activités ni vacances. Et ce que ce projet leur propose, c’est d’abord et avant tout d’y aller moins souvent.

Pour ceux qui cherchent d’autres piscines publiques dans la Drôme.

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Written by leromanais

7 juin 2012 at 11 h 04 mi

PLU péageois : des cartes qu’il faut se débrouiller à lire

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La ville de Bourg-de-Péage a mis en ligne un intéressant document de diagnostic et d’enjeux de son Plan local d’urbanisme (PLU) réalisé par le bureau d’urbanisme du Rhône, Latitude.

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Le document est intéressant à plus d’un titre, notamment parce qu’il dessine très bien les priorités de développement de la ville dans les années à venir, malgré son discours très formaté. L’un des enjeux esquissé est de « reprendre la maîtrise du développement urbain » (alors que c’est la ville qui a autorisé « la banalisation paysagère » que le document pointe du doigt : a savoir un habitat de petits pavillons et petits jardins attenants se répétant à l’infini). C’est plutôt effectivement un projet louable. Reste à savoir comment !

La réponse est certainement page 17, où le document démontre d’un point de vue purement comptable pourquoi il faut construire des cages à lapins où nous entasser tous ! L’urbanisation dense est donc sensée être plus économe ! Belle lapalissade, qui oublie de prendre en compte la qualité de vie à laquelle peuvent aspirer des gens qui ne vivent pas dans une grande ville. Cette optimisation de l’espace habité oublie certainement de prendre en compte les autres coûts de ce type d’urbanisation. Doit-on pour autant envisager des constructions qui transforment le village en grande ville, sans chercher à proposer un cadre de vie agréable : combien d’immeubles modernes proposent des jardins ou des piscines collectives qui permettraient de contrebalancer l’attrait de l’habitat pavillonnaire ? Fort peu.

Le document permet d’accéder à beaucoup de chiffres sur l’environnement, l’écologie, le paysage ou le trafic routier. On y aperçoit même un projet d’usine de méthanisation (ce que c’est – pas si loin du futur grand « Centre nautique », histoire de lui envoyer de bonnes odeurs – et oui, souvent ça pue, regardez à Montpellier ce qu’ils en disent !).

Les enjeux ne sont esquissées que sur des cartes, mais néanmoins on peut y percevoir les volontés de développement de Bourg-de-Péage à l’avenir. Une volonté de réaffirmer le centre-ville administratif (même s’il devient difficile de développer les commerces dans le centre ville ancien où les commerces sont de plus en plus épars, les rues trop étroites, les places de parking insuffisantes…), alors que les activités commerciales ont plutôt tendance à se développer hors du centre ancien. Quelles activités la ville doit-elle promouvoir pour réaménager le centre ancien ? Visiblement, les élus se posent la question.

On y constate aussi la volonté de revaloriser certaines rues qui vont des berges de l’Isère à la rue Jean-Jaurès, pour élargir les perspectives sur l’Isère.

A lire le document, on peut s’attendre à une modification du PLU existant pour développer un habitat moins pavillonnaire, ce qui est déjà le cas dans le centre ville ancien, mais qui risque de se prolonger dans la zone pavillonnaire de l’Est péageois. Reste à savoir ce que la ville envisage de faire des interstices urbains stigmatisés dans l’avant dernière page du document. La pensée « power-point » ne permet pas de savoir ce qu’il y a dans les projets des élus…

Reste la question de la réalisation de « coutures » urbaines pour relier l’Est péageois au centre ancien (avec la cicatrice du boulevard Alpes-Provence), et bien sûr pour relier le plateau (et son futur « Grand Centre de loisir ») à la ville : mais sur ces deux propositions, le document ne précise pas comment. Un document intéressant, auquel il manque le discours qui l’accompagne, les projets… Mais ceux-là, on ne les a pas trouvé sur le site de la ville.

Written by leromanais

4 juillet 2011 at 18 h 23 mi

22 mars 2010 : c’est quoi une coopérative ?

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Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous invite à prendre un moment pour parcourir l’appel de Daniel Cohn-Bendit dans Libération : « Inventons ensemble une coopérative politique« . Un texte, qui, dans sa première partie fait des constats assez forts, sur l’état de la représentativité dans notre pays, sur la crise de l’ingénierie et des modes d’intervention publiques :

« Le divorce démocratique est profond entre des logiques partidaires complètement déracinées qui fonctionnent en hors sol et une société active, diverse, créative mais sans illusion sur la nature et les formes du pouvoir qui s’exerce sur elle. Les partis politiques d’hier étaient de véritables lieux de socialisation et d’apprentissage de la cité. Mais aujourd’hui ils se réduisent le plus souvent à des structures isolées de la société, stérilisées par de strictes logiques de conquête du pouvoir, incapables de penser et d’accompagner le changement social, encore moins d’y contribuer.

(…) Nous avons besoin d’un mode d’organisation politique qui pense et mène la transformation sociale, en phase avec la société de la connaissance. J’imagine une organisation pollinisatrice, qui butine les idées, les transporte et féconde avec d’autres parties du corps social. En pratique, la politique actuelle a exproprié les citoyens en les dépossédant de la Cité, au nom du rationalisme technocratique ou de l’émotion populiste. Il est nécessaire de « repolitiser » la société civile en même temps que de « civiliser » la société politique et faire passer la politique du système propriétaire à celui du logiciel libre. »

La politique comme programme d’innovation, voilà une idée séduisante. Dommage que Daniel Cohn-Bendit retombe très vite dans les ornières qu’il dénonce en proposant de commencer par une organisation, une structure plutôt que par les idées, les projets ou les méthodes. En dénonçant la politique, Cohn-Bendit lance des coopératives qui s’apprêtent à ressembler à des sections… Il se tourne plutôt vers des processus politiques classiques, organisés (alors que c’est cette organisation qu’il dénonce), appelant les contributions (« viendez à nous ! ») plutôt que d’aller les chercher (pour ramener les gens à la politique, il faut aller chercher leurs propositions…). La vraie transformation, à mon avis, serait plutôt de s’emparer des discussions existantes (souvent très très construites, très argumentées, qui pullulent dans la société) pour se dire : avec quoi est-on d’accord ? avec quoi on ne l’est pas… comment on en fait une politique et des propositions, concrètement ! Bref changer de méthode. Changer de processus. Changer de levier d’action. Changer aussi la manière de débattre et de discuter… pour transformer les relations et justement les organisations.

Design, économie comportementale, coproduction, biens communs, transformation, innovation… ne sont pas que des gros mots qu’on doit plaquer sur des politiques publiques immuables. Il est temps de concentrer ses efforts sur la mise en capacitation des gens plutôt que leur infantilisation… Et de côté là, à lire l’appel du 22 mars, on se dit qu’il y a encore du travail.

Written by leromanais

26 mars 2010 at 14 h 25 mi

Publié dans Politique, Réaction

Après les magnets pour le réfrigérateur, le Maire de Bourg-de-Péage vous offre… le Dauphiné Libéré !

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Il y a deux catégories de citoyens à Bourg-de-Péage : ceux qui reçoivent le Dauphiné Libéré offert par la municipalité de Bourg-de-Péage et ceux qui ne le reçoivent pas. Comment son triés les heureux élus ? En fonction de quels critères ? Affinités politiques, âge, sexe, catégories socio-professionnelles ? Là est la question… Ce qui est sûr, c’est que tous les contribuables payent l’addition !

La photo qui illustre l’article du Dauphiné Libéré. In Photos publiques

Ce lundi 27 avril, 3000 Péageois ont reçu un exemplaire du quotidien avec en page 10, une pleine page consacrée au bilan de l’action du Maire, Nathalie Nieson, après un an de bons et loyaux services. Je fais partie, je l’avoue, des nantis bénéficiaires de l’envoi. Je me sens donc un peu redevable vis-à-vis des exclus, des parias, ceux qui ne font pas partie du panel. C’est mon côté Marianne !

Voilà donc un rapide (mais complet) résumé de l’article : tout va bien. On avance. Le Maire est très dynamique. Elle sourit tout le temps. Elle a une équipe en or. Il y a plein de choses qui ont été réalisées, notamment les berges du Rhône (sic), le périscolaire, l’accueil de jour pour les personnes âgées, et plein de choses qui vont être faites : un nouveau gymnase au collège de l’Europe, un centre nautique fonctionnel et moderne, la restructuration du quartier des Moulins. Quant à l’imprévisible et aux dégoûtants égouts, pas d’inquiétude : le maire gère également. Bref, « tout baigne ». Normal, c’est écrit dans le journal.

L’on a droit en prime à d’esthétiques clichés du Maire, « en rouge et noir », comme dans la chanson. En revanche, on cherche en vain la mention « publi-reportage » dans un petit coin de la page en imaginant mal qu’un rédacteur puisse malmener un élu qui lui commande 3000 copies de son journal.

Ah ! j’oubliais : il y a tout de même une information à retenir dans cette page : Nathalie Nieson, est également conseillère régionale, et membre dans cette institution de la commission « Démocratie Participative », voilà qui nous promet d’intéressants (et gratuits) débats citoyens et autres forums de quartier…

Saës

Bienvenue à Saës sur ce blog, qui pour un premier coup nous offre jolie tribune vous en conviendrez. Si vous souhaitez participez également au Romanais, n’hésitez pas à entrer en contact avec moi. – Hubert Guillaud.

Written by leromanais

8 mai 2009 at 20 h 04 mi

Publié dans Actualité, Réaction

Parking à l’encan !

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L’Impartial nous l’annonçait en janvier, dans un article reprenant scrupuleusement le communiqué de presse (.pdf) émis par les autorités : « Rovaltain a mis à disposition de la SNCF un terrain pour la création de 430 places de parking supplémentaires, mises en service au printemps prochain. » Pas de contre avis. Pas d’avis d’usager. Pas de regard sur la situation actuelle. Un article au service minimum, comme bien souvent. J’ai réagit à l’époque en commentaire sur le site internet de L’Impartial, mais un commentaire n’a pas la même force qu’un billet. Je profites d’avoir enfin un peu plus de temps pour m’épancher…

Les 830 places de parkings actuels qu’exploite Eiffa en concession ne sont pas remplis chaque jour. Non. Une estimation à la louche, me ferait dire que le taux d’occupation doit tourner autour de 60 à 70 %. Les 40 à 30 % restant pourraient tout à fait être largement remplis par les voitures qui stationnent partout en-dehors des parkings, le long des bas-côtés, et sur tous les autres parkings (gratuits) de Rovaltain. Il manque effectivement de places de parking, mais pourquoi le taux d’occupation des parkings d’Eiffa n’est-il alors pas de 100 % ? Visiblement, c’est une question que nul ne cherche à se poser. Le parking payant de Rovaltain coûte cher. 24 heures de stationnement coûte 9,60 euros. 12 heures : 7,80 euros, nous rappelle ResaPlace. Auquel il faut encore ajouter votre billet de train (qui lui aussi est rédhibitoire, même avec un abonnement ou des cartes sensées être de réduction). On comprendra que beaucoup de voyageurs souhaitent faire attention à leur budget. Le développement du stationnement sauvage à Rovaltain n’est pas un problème de place disponible, il est d’abord un problème de prix. Qu’on souhaite garer sa Mercedes dans un parking payant et fermé, on peut le comprendre. Mais quel est l’intérêt pour bien des gens dont la voiture n’est pas luxueuse et pour qui les trajets sont déjà couteux, de payer un tel stationnement ! En tout cas, la solution esquissée, de vendre l’espace public au secteur marchand, ne me semble pas être le résultat d’une bonne analyse de ce qu’il se passe à Rovaltain.

Les bus permettant de se rendre à la gare le matin notamment (le train de 6h50 pour Paris, notamment, souvent bondé) n’existent pas. Impossible d’utiliser les transports en commun donc. Pourquoi, plutôt que de concéder 430 places de stationnement supplémentaires à Effia, ne pas avoir imaginer une solution de covoiturage, qui offrirait un parking gratuit à ceux qui arrivent en voiture à plusieurs sur le site ? Certes, ce nouvel espace de stationnement, plus éloigné, bénéficiera d’une tarification réduite (on regardera les prix, promis). Mais est-ce que ce sera une solution suffisante ?

Bien sûr, si l’exploitation de Rovaltain commence enfin un jour (ce n’est pas les trois bâtiments qui composent le site après 10 ans d’exploitation qu’on peut appeler une réussite), il y aura certainement besoin de ce parking. Reste qu’il aurait pu s’accompagner également d’autres mesures, plus soucieuses d’environnement, de développement durable et social (et pas seulement celles de normes de construction : si on croit que le développement durable s’imposera uniquement par les normes et la technique…). Le problème, c’est que la concession sur une durée fixée, limite ensuite toute innovation. Quand nos élus vendent l’espace public, les citoyens se doivent de se conforter aux règles établies par l’espace privé. Et celui-ci n’a pas intérêt à innover dans son modèle économique. Le secteur public concessionnaire pourrait imposer non seulement des règles de construction (et de marché public, ce qu’il fait déjà) mais aussi et surtout des règles d’usages et même des tarifs pour celui qui reçoit la concession (et de même, mieux évaluer la rentabilité économique d’un site qu’il concède : d’ailleurs, toute concession devrait faire état de la rentabilité prévue et en fin de mandat, de la rentabilité effective, afin de mieux mesurer les choix de nos élus). Bien souvent, il n’en fait rien. Or ce sont dans les usages que les réservoirs d’innovation sont les plus forts. Un parking qui accueillerait gratuitement des abonnés à un service de covoiturage, voilà une solution durable, sociale et innovante pour fabriquer du plaisir et du désir, pour fabriquer une Mobilité plus libre et plus durable. Avec la concession sans conditions d’usages, nous en sommes très très loin. C’est jusque dans la passation de ses marchés que le secteur public doit être innovant. Y’a du travail !

Written by leromanais

26 mars 2009 at 22 h 55 mi

Les aléas des spectacles de fin d’année

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Comme souvent dans les écoles, rien n’est prévu pour que les gens puissent se parler. Les profs, barricadés dans la cour où les parents sont invités à ne jamais entrer ; les parents, de l’autre côté de l’enceinte, ne se croisent sommes toutes qu’une ou deux fois l’an. Lors d’un ou deux entretiens annuels et lors d’une fête de fin d’année, comme celle-ci. Le reste du temps chacun s’ingénie à s’éviter, histoire d’être sûr de ne pas avoir à sourire ou à se dire bonjour (oui, je sais, je suis vieux jeu, mai j’ai tendance à penser que les relations sociales commencent par là).

La fête de fin d’année, c’est un peu le passage obligé. Le truc qui embête tout le monde, mais auquel tout le monde se soumet. On demande souvent aux contraintes de faire des souvenirs, je ne suis pas sûr que cela en fasse beaucoup de bons. A défaut, ça fait des expériences… Alors forcément, hormis chez les enfants, les sourires ne sont pas vraiment là, à croire que tout le monde sait déjà à quelle sauce il va être mangé.

La salle est vaste, mais est aussi un vrai hammam. 400 personnes y cuisent depuis que les portes se sont ouvertes à 19h30. Les plus petits courent dans tous les sens. Tout le monde s’impatiente. Les maîtresses dressent un mur au pied de la scène.

20h, le directeur monte sur scène. C’est étrange cette propension qu’ont les gens à ne pas se présenter. Je ne crois pas lui avoir jamais parlé depuis 2 ans que ma fille est dans cette école. Il nous annonce notre punition : 2 spectacles de 45 minutes sans entracte. Il va nous falloir tenir 1h30 dans cette chaleur étouffante sans bouger. On sent déjà que la barre est un peu haute. Pourquoi faut-il que les spectacles soient si longs ? Pourquoi faut-il toujours cette escalade dans l’accumulation, comme si la quantité servait toujours et avant tout de faire valoir ? La présidente de l’association de l’école dit un mot. Après la punition, voici les menaces. Tous les enfants seront privés de sorties, de voyages et de tour de la Drôme en vélo si personne ne vient l’aider à monter la kermesse, le loto ou je ne sais quoi. Le ton et les reproche ne donne pas très envie. L’évolution des relations sociales de nos sociétés permettent-elles encore d’envisager que les formes de sociabilité d’hier soient pareilles à aujourd’hui ? Kes associations de parents peuvent-elles encore fonctionner ? Je crains que les temps ne soient plus à cela. Ou alors, pour qu’ils y soient encore, il faut remettre du lien social au coeur du processus. On n’est pas sauvé. L’association des parents d’élèves risque ici aussi de s’éteindre, comme dans de nombreuses écoles de France, faute de troupes. Les coopérations fortes s’étiolent sous nos yeux sans que nous soyons capables de les raviver, de réinventer de nouvelles formes, ou plus faibles ou plus larges… (1)

Le brouhaha revient. La lumière s »éteint sur la salle, s’allume sur la scène. C’est parti !

Le spectacle est plutôt bien. L’intervenante musicale, Emilie, a fait apprendre de belles chansons aux enfants, des chansons qu’on ne connaissait pas. Ou plutôt si, c’est celles que notre fille a chanté toute l’année. On les connait par cœur. On les redécouvre. Peu de temps morts. Bien sûr, ça cafouille un peu. Mais les enfants bougent et chantent. C’est un peu plus statique que pour les maternelles il y a quinze jours. Ici, ils chantent plus qu’ils ne dansent, alors que chez les minuscules, c’est l’inverse – ceci explique peut-être cela. Seul regret, comme souvent dans ces spectacles, il y a des enfants devant et derrière et bien souvent, ceux qui sont devant le reste et ceux qui sont derrière aussi. La seule contrainte chorégraphique demanderait seulement que tout les enfants se succèdent devant, histoire que les parents, béas d’admiration, puissent faire leurs photos et admirer leur progéniture. Et puis, c’est cela que le spectacle est sensé apprendre aux enfants, non ? A ne pas avoir peur du public ? (oui, pas seulement, je sais). Il faudrait donc les aider à s’y confronter, plutôt que d’en laisser certains se cacher derrière les autres et que d’en laisser d’autres se pavaner devant les uns…

Comme toujours la sonorisation est déplorable. Les enfants doivent se battre avec trois pauvres micros – dont un qui ne marche pas -, sans savoir s’en servir et avec des masques qui leur empêchent de parler dedans. On n’entend pas les chorales, car elles n’ont pas de micro. La musique couvre tout. La salle est agitée, forcément, elle peine à entendre. Les enfants courent. Les bébés pleurent. Quelques papas discutent au fond. Je regarde. Je me retourne. Il y a beaucoup de maman seules. Les papas ne sont pas tous venus. Elles écoutent. Avec l’appareil photo ou la caméra, ou simplement leur oreille. La plupart sont attentives, l’oreille aux aguets. L’acoustique est pitoyable. Chacun sue à grosse goutte. L’atmosphère s’échauffe.

En fin de chanson, l’intervenante musicale, excédée, réclame le silence. Ca y est, d’un coup, la tension est palpable. On la sentait monter : là voila. Comment est-il possible d’avoir le silence dans une salle où la moitié des spectateurs sont des enfants et les 3/4 de ceux-ci des petits qui s’agitent alors qu’à cette heure-ci ils devraient déjà dormir ? A l’Opéra ou au théâtre, les marmots ne sont pas là, c’est peut-être pour cela que c’est plus calme. La tension va aller ainsi crescendo toute la soirée. D’un côté les profs, de l’autre les parents. Les professeurs en majesté qui s’en prennent aux parents. La communauté des parents qui prennent pour quelques enfants bruyants (aucun n’a crié, pas un ne s’est même battu, je vous rassure) ou quelques rares parents qui bavardent peut-être un peu (ils sont déjà partis au bar, non ?), mais peu nombreux, marginaux par rapport à l’attention générale. Les rappels à l’ordre se multiplient. Souvent inutilement.

Pas d’entracte, mais le spectacle est arrêté. On aperçoit le directeur maugréer. Les profs attendent le silence pour démarrer. Les parents attendent que ça démarre pour faire silence, rappellent les enfants égarés, leur donnent à boire, échangent un mot avec leurs proches. Comportement classique qui énerve tout le monde pour rien. Triste jeu de chat et de la souris ou chacun se sent déconsidéré par l’autre. Ca finit par reprendre, un peu au pas de course. Le spectacle des plus grands est encore mieux que celui des plus petits. Certes, on n’entend pas tout. On fond dans nos sièges baquets. On colle à l’ambiance.

Le spectacle s’accélère, comme au pas de course. C’est fini. Les applaudissements se terminent vite. Entre l’énervement de s’être senti un peu insulté et le désir de retrouver au plus vite son enfant pour s’échapper de cette fournaise – rassurez moi, les autorités sanitaires ferment la salle tout l’été tout de même, Mme le maire ? Nous on file. On ne prendra rien à boire au bar. Les plus petites sont épuisées et on a trop besoin de se rafraichir. On s’enfuit.

Triste constat. Il faudrait remettre un peu de dialogue dans tout ça. Juste au milieu. On aimerait bien y mettre de la créativité, de l’envie. Ca va être difficile d’en trouver. Les camps vont se retrancher. Lundi ou mardi, nous aurons certainement un mot de la direction pour nous dire que les professeurs ne referont plus jamais de spectacle (2). Les parents mettront leur paraphe silencieux au bas du message collé dans le cahier de leur enfant. Les professeurs se laisseront reconvaincre dans deux ou trois ans, le temps qu’ils oublient un peu. Ca doit être désormais le bon rythme. L’essentiel est que les enfants fassent un spectacle de fin d’année au moins une fois dans leur scolarité. Tout les ans, c’est certainement trop fréquent.

L’école, oui, comme le clame les livres et les analystes, aurait bien besoin d’être réinventé et notamment le rapport prof/parents. On voit combien celui-ci s’est décomposé dans l’aigreur des uns et les indifférences des autres – je ne m’exclue pas, j’y participe certainement tout autant que d’autres. Mais je me dit que cette opposition systématique entre les uns et les autres est épuisante et qu’elle ne nous mène nulle part. Parents comme profs sont insupportables d’autorité.

La salle des spectacles aussi aurait besoin d’être réinventée. Une sonorisation et une climatisation correcte au moins. Oui, avec le matériel, c’est toujours plus facile croit-on. Disons qu’on pense toujours que de bonnes conditions matérielles sont un bon préalable. Est-ce vraiment parfois le cas ?

_____________

(1) Plus faibles, c’est-à-dire des coopérations qui demandent moins d’engagements que les coopérations que l’on connaissait avant. Les associations par exemple, que l’on dit toujours vivaces, alors que l’âge moyen de leurs dirigeants ne cessent d’augmenter, comme le rapportent quelques chiffres clés du secteur (.pdf). Les associations ont de plus en plus de mal à exister, à se créer, à subsister. Il faudrait donc se mettre à inventer des rapports avec d’autres corps constitués que des associations. Sinon, ça va être comme avec les syndicats, on ne va discuter qu’avec des gens qui ne représentent plus vraiment les salariés, qu’une infime partie… Plus larges, car pour assoir les coopérations plus faibles, en partie déstructuré, il faudra à contrario que leurs assises soient plus larges. Les clubs photos disparaissent. Aujourd’hui, on partage ses photos sur Flickr qui pour fonctionner élargit son assise à des milliers voire des millions d’utilisateurs. La dynamique des plus actifs portant les autres. Je ne dis pas que c’est mieux. Je dis juste que c’est ainsi que ça se transforme. On peut souhaiter plus de coopération, force est de constater que le massivement relationnel prend le dessus.

(2) La même histoire nous est arrivée à Romans il y a 2 ans. Mais ce coup-ci, contrairement à la première fois, finalement, nous n’avons pas eu de mot pour regretter le comportement des parents. Tant mieux. Cela mettra un peu d’optimisme à ce billet qui en manque certainement. C’était juste une impression plus qu’un jugement définitif sur les uns ou les autres (je n’en ai jamais de définitifs, pour ma part).

Written by leromanais

1 juillet 2008 at 23 h 54 mi

Publié dans Réaction

La démocratie ne nécessite pas de débat

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En cherchant à aller au devant des candidats pour leur poser quelques questions sur leurs programmes, évoquer leurs bilans, discuter des idées qu’ils souhaitent proposer aux citoyens, à droite, à gauche, d’un côté comme de l’autre de l’Isère, on me répond partout : « C’est trop tôt ! » « Les listes ne sont pas constituées ». « Repassez en décembre ». « En janvier ». « Vous savez, en 2001, nous n’étions pas parti avant février ! »… L’Impartial essaye chaque semaine de nous servir une interview où chacun s’empresse surtout de ne rien dire. Comme à la télé, on discute de qui sera tête de liste plutôt que de causer des projets, des programmes, des idées. On critique l’opposant plutôt que d’énoncer ses propres propositions.

Les tractations internes entre les uns et les autres ne sont pas du ressort public. Soit. A la rigueur (j’ai des doutes). Mais les débats sur les bilans (de ceux qui sont au pouvoir, comme de ceux qui sont dans l’opposition), les discussions sur les projets, elles, devraient l’être. Et discuter des projets ne veut pas dire que les citoyens doivent signer en bas de deux pages de programmes inamovibles qu’on leur enverra fin février, si ? Le débat, on a plutôt l’impression que les politiques s’en défient comme de la peste. Ou alors s’ils l’organisent eux. S’ils le maîtrisent le mieux qu’ils peuvent. Dans les cadres qu’ils définissent. « Les habitants on les rencontre, on les connait ». « Quand on un projet on le leur expose ». « On fait de la démocratie de terrain, nous ». Et alors, faut-il s’en contenter ? Est-ce parce qu’on prend le pouls à un endroit qu’on ne doit pas le prendre ailleurs ? Est-ce parce qu’on discute d’un projet avec certains des partenaires qu’on ne doit pas demander leur avis aux autres (ceux qui ne le sont pas car ils ne savaient pas, ceux qui ne le savent pas et pourraient l’être, ceux qui n’ont pas de raison de l’être a priori et qui finalement devraient l’être…) ?

C’est étrange tout de même que les hommes politiques cherchent à minimiser le débat, à le faire disparaître pour mieux faire disparaître les oppositions, les critiques, les coups de gueule… On le confisque sous couvert que cela peut instiller un doute dans l’esprit du citoyen, alors que le doute est le seul moyen de réaffirmer ses convictions, son intelligence, son esprit critique. C’est en ayant pesé le pour et le contre qu’on prend les meilleures décisions, il me semble non ? Ce n’est pas parce qu’on critique un projet, qu’on émet des réserves ou fait des suggestions qu’on ne le signera pas même si elles ne sont pas prises en compte, si ? L’important, c’est d’entendre les arguments de chacun. C’est cela, non, le débat démocratique ? Au final, quand je lis les billets des uns, les commentaires des autres, cela aide à me construire mon avis. Croyez-vous vraiment que pour beaucoup de gens la règle du dernier qui a parlé à raison soit valable ? Sur l’instant peut-être, mais ça ne dure jamais longtemps, non ?

Citoyens Romanais, Péageois, dormez tranquille. On s’occupe de vous pour votre bien. On vous donnera la liste en temps et en heure. Vous n’aurez plus qu’à glisser votre bulletin dans l’urne. Un peu comme aux dernières législatives. La démocratie ne nécessite pas de débats.

Written by leromanais

19 octobre 2007 at 9 h 55 mi

Publié dans Réaction