LeRomanais

Agir local, penser global. L’internet local à Romans-sur-Isère et ses environs (Drôme).

Archive for the ‘Culture’ Category

L’essor de la création… locale

leave a comment »

Le web local est toujours en changement, sans que personne ne se préoccupe vraiment ni d’en mesurer l’ampleur, ni de le révéler.

Depuis quelques mois je vois apparaître beaucoup de sites de créateurs locaux – peut-être parce que l’espace qu’a ouvert récemment mon épouse m’a poussé à mieux m’intéresser à ce secteur. A moins que les artistes et artisans créateurs se soient mis à utiliser le web pour mieux se mettre en réseau. L’espace d’expression ouvert par l’internet (certainement poussé par le développement de l’autoentreprenariat) a offert un renouveau au Craftware, le loisir créatif. Les gens se sont mis à ouvrir des blogs pour parler de ce qu’ils faisaient. Puis se sont mis à ouvrir des boutiques pour vendre les objets qu’ils réalisaient. C’est la mode du Craftware, des créateurs indépendants entre l’art et l’artisanat, que propulsent des plateformes comme Etsy, ThreadandNeedles, A little Market (25 000 inscrits en France), Samoz, Dawanda

C’est également la mode des plateformes qui permettent de commander et de fabriquer des produits depuis son ordinateur, comme le souligne Chris Anderson dans son dernier ouvrage, Makers. “La révolution de la fabrication permet désormais à chacun de mettre des usines en marche d’un simple clic de souris”, qu’elles soient ici, comme à l’autre bout de la Chine. Il est désormais possible de personnaliser a peu près tout et n’importe quel objet standard sur CafePress ou Threadless… Des tee-shirts ou des mugs, mais aussi désormais n’importe quel habit, des oreillers comme portefeuilles ou des couvertures… Et demain, cela s’appliquera à bien d’autres objets encore comme le dessinnent Ponoko ou Shapeways, qui permettent de produire des objets depuis un simple fichier composé sur son ordinateur.

march_de_cratrices2

Les loisirs créatifs permettent eux une autre forme de personnalisation. Celle de la production unitaire. Et ce mouvement touche autant la Drôme que le reste du monde. Les créateurs et artistes locaux ouvrent leurs blogs, parlent de ce qu’ils font dans leurs ateliers, sur leur table de travail… et ouvrent parfois des boutiques. A Romans, pêle-mêle, on trouve ainsi le site du peintre et illustrateur Jean-Luc Boiré, de la créatrice d’images Myriam Gauthier-Moreau, de Valérie Dumas… mais également les bijoux de Gadouille, de Biloba (boutique), de l’illustratrice Catherine Samuel (et ses créations), les créations de textiles de Lucie Mercier, Catherine Tourel, Céline Cron, les bavoirs de lilipastille (boutique)… les sculptures de Cécile Lienhard, les plafonniers d’Estelle Berthelon

1332066666-459

Les créatrices (car ce sont souvent des femmes) semblent également nombreuses dans les environs de Die (comme Tournico ou Chloé Marcel… voir également les créations textiles naturelles de Magali Bontoux), ou en Ardèche (les mosaïques de Muriel Ligerot, les faïences émaillées de Rouge Petit Coeur (boutique), les bijoux de Gabounette (blog), Les ateliers récréatifs de Fanie…)…
Mais c’est à Valence qu’elles semblent les plus nombreuses et les organisées en ligne. Des ateliers de Tricot Thé, aux boutiques (8grandeRue ou Le comptoir des bambins…), en passant par les soirées organisées par les Récréateurs ou les marchés de créateurs organisés de main de maître par l’équipe des Mouchettes depuis juin 2009, qui est devenu le pilier de l’organisation de ce réseau.

Reste qu’il est encore difficile de s’y repérer dans la création locale. Beaucoup cumulent les espaces (sites, blogs et boutiques). Les places de marché ne proposent pas souvent d’entrée géographique (pour trouver tous les créateurs d’un pays ou d’une région), les index sont inexistants (et compliqués à mettre en place car le plus souvent les créateurs font plusieurs choses) et les créateurs ne se relient les uns les autres que par des liens, des blogrolls de noms ésotériques marques d’un vaste univers identitaire à explorer.

Hormis l’action des Mouchettes qui tente de rassembler les créateurs valentinois (et au-delà), force est de constater qu’il est encore difficile d’y voir clair dans ce que proposent les unes et les autres. La communauté et le réseau marchent fort entre créatrices : elles se connaissent et semblent beaucoup échanger entre elles, faisant parfois des actions communes, comme l’illustre la collaboration entre Catherine Pollak de Motifs et Cie (boutique, blog, et le blog des créatrices qui utilise ses imprimés) et la créatrice de mode Kate Yoko qui réalisent ensemble des tutoriels pour d’autres couturières. L’échange, la collaboration, l’entraide sont au coeur de ces pratiques créatives en ligne.

Reste que ces espaces demeurent souvent hermétiques à ceux qui n’en sont pas. Le design de nombre de blogs (ah maudit Over-blog !) rend l’accès difficile à qui n’est pas motivé pour participer de ces réseaux. Beaucoup d’artistes ne prennent pas même le soin de se présenter (pas de nom – que des surnoms -, ni d’adresse, pas toujours un téléphone… et parfois pas même de mail pour contacter l’auteur !). L’entre-soi demeure souvent confortable. Mais l’exemple des Mouchettes montre bien que ce réservoir de créativité cherche à s’organiser sur la toile, à se relier, à s’ancrer dans le territoire, pour relier les boutiques en ligne au monde réel et donner de la chaire aux commentaires laissés sur les blogs.

Les outils sont encore un peu frustes. Tant mieux, cela veut dire qu’il y a encore du travail pour l’organiser et le mettre en valeur.

En attendant, n’hésitez pas à faire un tour au WinterMarket de Romans les 7-8-9 décembre 2012… et à faire part d’autres blogs/boutiques/sites de créateurs locaux en commentaires.

wintermarket

Publicités

Written by leromanais

5 décembre 2012 at 8 h 00 mi

L’oeil nu, 20 ans

with 4 comments

La municipalité de Romans a fait connaître son intention de mettre fin à la convention qu’elle a passé avec la compagnie de l’Oeil Nu, la compagnie théâtrale romanaise qui occupe le théâtre de la Presle et anime une grande part de la vie culturelle romanaise, indique LeFilRouge. Une décision qui pourrait entraîner la disparition de la compagnie qui oeuvre à Romans depuis 20 ans.

Je ne sais pas quoi en penser pour ma part. Je n’ai pas été très emballé par les quelques spectacles de la compagnie que j’ai pu voir. Elle dispose depuis longtemps d’un certain monopole culturel sur Romans, en proposant certes des oeuvres souvent engagées et difficiles, mais dont la créativité, personnellement, me semble un peu essoufflée. Je ne suis pas très fan des situations inamovibles.

Mais, on ne sait pas par quoi cette disparition sera remplacée. Certainement par du vide. Et cela, il n’est pas sûr que ce soit un progrès. Au contraire. Qu’est-ce qu’on nous propose en échange ?

Mise à jour : Le parti de gauche fait tourner une pétition. Et le Parti communiste local refuse la disparition.

Written by leromanais

11 janvier 2010 at 13 h 16 mi

Publié dans Culture

Amacca : des Amap culturelles ?

with one comment

Le micro-mécénat dans le secteur culturel pourrait-il donner lieu à la naissance de nouvelles structures culturelles, permettant de promouvoir le spectacle vivant, l’art ou même la lecture… selon les choix dont conviendront les citoyens qui l’initieront.

Tel est l’objectif des Amacca (Associations pour le Maintien des Alternatives en matière de Culture et de Création Artistique), que l’on présente comme les Amap culturelles explique le site rencontres sociales en se référant au dossier (.pdf) (ici aussi en html) développé par Olivier Lanoe, le premier fondateur d’une telle Amacca en France.

Reste qu’en reposant sur le principe de la défiscalisation, le système est bien différent de l’AMAP et demeure du registre du mécénat, même s’il est distribué. D’abord parce que la défiscalisation n’intéresse pas les bas revenus. Et il n’est pas sûr que cela permette un lien direct entre l’artiste et le spectateur (comme l’Amap permet un lien direct entre le consommateur et le producteur).

Cela a néanmoins l’air intéressant, non ?

Written by leromanais

31 décembre 2009 at 16 h 55 mi

Publié dans Ailleurs, Culture

Courrez voir Zucco !

with one comment

koltesVous avez jusqu’à lundi soir pour courir voir le Roberto Zucco de Koltès (site officiel) monté par Perton à la Comédie de Valence. Après, il sera trop tard. Savourez l’oeuvre, dégustez la mise en scène, appréciez le texte, le jeu, la troupe, le travail des couleurs…

« Je t’ai cherché, Roberto, je t’ai cherché, je t’ai trahi, j’ai pleuré, pleuré, au point que je suis devenue une toute petite île au milieu de la mer et les dernières vagues sont en train de me noyer. J’ai souffert, tellement, que ma souffrance pourrait remplir les gouffres de la terre et déborder des volcans. Je veux rester avec toi, Roberto ; je veux surveiller chaque battement de ton coeur, chaque souffle de ta poitrine ; l’oreille collée contre toi j’entedrai le bruit des rouages de ton corps, je surveillerai ton corps comme un mécanicien surveille sa machine. Je garderai tous tes secrets, je serai ta valise à secrets ; je serai le sac où tu rangeras tes mystères. Je veillerai sur tes armes, je les protégerai de la rouille. Tu seras mon agent et mon secret et moi, dans tes voyages, je serai ton bagage, ton porteur, ton amour. »

Il n’y avait pas grand monde pour cette première soirée de représentation (de reprise) au Bel Image à Valence, hélas. Koltès n’est ni un classique, ni un auteur de boulevard. Et pourtant, il méritait mieux que ce visible désintérêt. La langue simple, directe, claire de la dernière pièce de Koltès composée d’une succession de petites scènes palpitantes, fulgurantes, et cette profusion de personnages (18 acteurs sur scènes), donnent une densité assez palpable à l’ensemble. La mise en scène de Perton suit ce schéma cinématographique, se jouant des projections (America, America, le chef d’oeuvre de Kazan), poursuivant les personnages dans les contrastes de couleurs des projecteurs, des costumes, du décor ou des ombres. Dans ce regard plein de clins d’oeil sur une Amérique de cinéma, entre carton pâte, rêve éveillée et désillusion, Zucco le tueur, le méchant garçon, fait figure de héros à la fois solaire et pathétique. Incarné avec douceur par Olivier Werner, celui-ci livre une composition subtile et lumineuse, surtout pas flamboyante, qui incarne bien le personnage qu’avait voulu Koltès (« T’es de la race de ceux qui donnent envie de pleurer rien qu’à les regarder »).

Pour vous convaincre, si besoin était, lisez donc les avis de Armelle Héliot, Jean-Pierre Thibaudat, Jean-Pierre Leonardini

Et courrez voir Zucco !

Découvrez Roberto Zucco à la Comédie de Valence sur Culturebox !

Written by leromanais

15 octobre 2009 at 23 h 18 mi

Publié dans Culture

Dans ma bibliothèque

leave a comment »

La médiathèque Simone de Beauvoir offrait la semaine dernière à ceux qui s’y inscrivait une visite déambulatoire assez originale dans ses locaux. En compagnie de la compagnie Téatralala, fondée par Denis Lachaud, Christophe Perrier et Franck Magnier, la bibliothèque proposait « Ma Bibliothèque », un spectacle qui tourne depuis quelques années maintenant, et qui ressemble à un puzzle déambulatoire, à la fois cocasse et érudit, autour des bibliothèques et des bibliothècaires. Un voyage littéraire où deux comédiens, tenant le rôle de bibliothécaires faisant visiter l’espace à un groupe d’usager, évoquent l’univers de la bibliothèque, son fonctionnement, son personnel, ses coutumes… et bien sûr les usagers.

On se souviendra longtemps de cette énumération de citation (un peu sur le mode de celles qu’on peut trouver sur l’internet) sur ce que la lecture transforme dans le coeur du lecteur, de cette performance à l’espace enfant en compagnie de Kevin et Marjolaine, évocation truculente des monstres qui peuplent les espaces jeunesse, de cette hilarante explication des méandres de la classification Dewey, de l’ogre qui dévore les livres en les lançant dans tous les sens à travers les rayonnages, de cette bataille sur le bureau de la directrice de la médiathèque de Romans. Un spectacle assez interactif où les livres sont allègrement jetés, mâchés, déchirés… Mais aussi lus, récités, partagés.

Un très bon moment… dont la moindre des vertus était de donner envie de lire. Borges, Eco, Dahl, Hugo…

De Photos publiques

Merci à Jérémy pour la photo.

Written by leromanais

14 octobre 2009 at 16 h 50 mi

Publié dans Culture

Magnifique Maliphant

with 2 comments

Samedi, nous sommes allés admirer la compagnie de Russell Maliphant de passage au Bel Image à Valence pour une représentation unique. Maliphant est un danseur et un chorégraphe britannique. Il présentait à la Comédie de Valence, trois pièces : Flux, Small Boats et Push, interprétés par les formidables danseurs Alexander Varona et Juliette Barton. Trois parties très différentes les unes des autres.

Dans le court Flux, Varona danse seul, entre deux cercles de lumières magnifiquement sculptés par le designer Michael Hulls sur la superbe musique électronique de Frank Bretschneider (MySpace) et Taylor Deupree. Dans cette danse en solo, proche du sol, qui fait penser souvent à de la capoiera, Varona, démontre une maîtrise incroyable de son corps, qui s’enroule, se jette, bondit, et parcoure les cercles de lumière, parfois même sur les genoux comme une toupie folle…

De Mademoiselle K

La seconde pièce, Small Boats, s’ouvre sur un film créé par l’artiste Isaac Julien et une musique d’Andy Cowton. La pièce mêle danseurs filmés et danseurs de plateau, vus par transparence, grâce aux lumières toujours aussi magiques de Michael Hulls. Plusieurs scènes s’entremêlent, celle des bateaux colorés d’une côte africaine qui évoque le départ de populations, avec une chorégraphie faite de mains et de bras qui se retiennent les uns les autres, comme s’ils voulaient s’entraider ou se retenir. Celle des escaliers d’un palais italien, où les corps chutent, rendant les secousses d’un corps qui débaroule. Celle de danseurs nageants, montrant en parallèle des corps pris dans des filets. Un moment très visuel et qui parvient, comme souvent avec les corps, à distiller des émotions à nulles autres pareilles.

De Mademoiselle K
De Mademoiselle K
Russel Maliphant, extrait de Small Boat, au Prisme à Elancourt
envoyé par le-prisme-sqy

Enfin, le spectacle se terminait par Push, une oeuvre créée pour Sylvie Guillem et Maliphant (que certains, à leur création en 2007 ont eu le plaisir de voir, visiblement), interprété ici par Alexander Varona et Juliette Barton. Dans ce magnifique duo, très technique, très physique, fait de portés se succédant sans fin, on est d’abord refroidit par la technicité, avant qu’elle ne vous emporte, vous laissant pantois. Dans cette succession de brefs tableaux, la danseuse descend des épaules de son partenaire, puis reprend sans fin, le mouvement contraire, comme une variation infinie autour de deux corps imbriqués l’un l’autre, à la verticale. D’une splendide intensité, les deux danseurs sont magnifiés encore une fois par le ballet de lumières et par la force de ces corps qui se lancent et se relancent, en inventant d’improbables équilibres.

Les Valentinois ne s’étaient pas trompés : la salle était comble et les acclamations nourries. Un grand moment d’émotion qui nous rappelle combien la danse contemporaine peut-être magique.

Sur YouTube, vous trouverez quelques vidéos d’autres spectacles de Malliphant, mais hélas pas d’une de ces trois oeuvres.

Written by leromanais

23 novembre 2008 at 16 h 00 mi

Publié dans Culture

Théâtre : Quand Handke essaie de répondre à Beckett

leave a comment »

J’aime beaucoup l’oeuvre de Beckett. Plutôt ses romans que ses pièces d’ailleurs. Je n’avais pourtant pas lu cette Dernière bande, qui joue toute cette semaine au théâtre de la Ville de Valence, une courte pièce de théâtre où un homme perdu soliloque, dans la lignée des oeuvres du maître. Dans ce monologue, le vieux Krapp, écrivain raté et clown clochardisé, vagit, éructe et peste en réécoutant une vieille bande magnétique, sorte de journal où il témoignait du bonheur de son amour. Confronté trente ans plus tard au vide de son existence, il semble ne donner sens à sa vie qu’en se souvenant des beaux jours de son amour perdu, avec nostalgie et dérision, dans un monologue entre lui et son souvenir.

«  »J’ai dit encore que ça me semblait sans espoir et pas la peine de continuer. Et elle a fait oui sans ouvrir les yeux. (Pause) Je lui ai demandé de me regarder et après quelques instants – (pause) – et après quelques instants, elle l’a fait, mais les yeux comme des fentes à cause du soleil. Je me suis penché sur elle pour qu’ils soient dans l’ombre et ils se sont ouverts. (Pause) M’ont laissé entrer. (Pause) Nous dérivions parmi les roseaux et la barque s’est coincée. Comme elle se pliait avec un soupir devant la proue, je me suis coulé sur elle, mon visage dans son sein et ma main sur elle. Nous restions là couchés. Sans remuer. Mais sous nous, tout remuait, et nous remuait, doucement, du haut en bas, et d’un côté à l’autre. »

Force est de reconnaître que le théâtre de Beckett a vieillit. Ce personnage proche du mime, dans ses excès et éructations, seul en scène dans ses silences et ses excès, était tragique et provoquant au début des années 60. Il ne l’est plus. La mise en scène de Christophe Perton, dans cette première partie, essaye de jouer de ces figures imposées, mais semble contraint par l’oeuvre. Jean-Quentin Châtelain signe un Krapp très académique. Le théâtre de l’absurde semble assurément devenu un classique.

Après un joli jeu de machinerie qui transforme l’espace blanc sans fond, perdu dans la nuit, qui servait de bureau à Krapp, en son contraste : un frontispice de tombeau blanc éclatant, qui barre la scène (passant d’un espace sans fin à un espace contraint), nous sommes plongé dans une seconde partie, sensée être un écho à la première, une réponse, un dialogue en miroir de Peter Handke à Beckett, écrite récemment et intitulée Jusqu’à ce que le jour vous sépare. Pour cela, Handke fait parler d’entre les morts, sous forme de statue, la femme (Sophie Semin) qu’évoquait Krapp dans son souvenir. Et la femme, de se lancer dans une longue tirage d’un souffle, un long monologue en miroir inversé de celui de Krapp. Critiquant son jeu notamment, sans vraiment en proposer un autre – autre que l’immobilisme. L’écho, le contre-point de Handke est à mille lieues d’interroger Beckett, car il n’est pas certain que faire entrer une femme dans l’univers masculin de Beckett (où les rares femmes sont plutôt des mères, souvent mortes), soit pertinent. Pas sûr que cet hymne à l’amour, baigné d’ironie soit un écho qui fonctionne face à l’âpreté de l’oeuvre de Beckett. Pédant, pompeux, le monologue de la statue évoque un discours sur la vie et le théâtre, qui, bien que peuplé de références à l’oeuvre de Beckett, sonne assez creux. On a l’impression d’être pris dans un jeu de théâtre, un jeu littéraire et très intellectualisant dont on s’ennuie un peu.

« Ton jeu est joué, Mister Krapp, Monsieur Krapp. Joué sous un faux nom, dans une langue qui n’était pas la tienne. Mais, je l’admets, bien joué, avec tes aspects de vieux clown désillusionné. Enfin, pas tellement désillusionné. Jusqu’à la fin de ton jeu, jusqu’à l’extinction de la lumière, jusqu’à la tombée du rideau tu laissais émaner de ton jeu un reste d’une illustion. Un reste ? Un brin, une brise, une lueur, un rythme. A cause de ça, ton jeu était un bon jeu, ton désespoir pas seulement la routine d’un vieux clown, mais par moments, illuminé – comme je disais : rythmé. Vieux joueur rusé, Krapp, ou comment t’appeler : Krapp-de-mon-coeur ? Crapule-sans-corps ? »

Written by leromanais

5 novembre 2008 at 9 h 47 mi

Publié dans Culture