LeRomanais

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Les aléas des spectacles de fin d’année

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Comme souvent dans les écoles, rien n’est prévu pour que les gens puissent se parler. Les profs, barricadés dans la cour où les parents sont invités à ne jamais entrer ; les parents, de l’autre côté de l’enceinte, ne se croisent sommes toutes qu’une ou deux fois l’an. Lors d’un ou deux entretiens annuels et lors d’une fête de fin d’année, comme celle-ci. Le reste du temps chacun s’ingénie à s’éviter, histoire d’être sûr de ne pas avoir à sourire ou à se dire bonjour (oui, je sais, je suis vieux jeu, mai j’ai tendance à penser que les relations sociales commencent par là).

La fête de fin d’année, c’est un peu le passage obligé. Le truc qui embête tout le monde, mais auquel tout le monde se soumet. On demande souvent aux contraintes de faire des souvenirs, je ne suis pas sûr que cela en fasse beaucoup de bons. A défaut, ça fait des expériences… Alors forcément, hormis chez les enfants, les sourires ne sont pas vraiment là, à croire que tout le monde sait déjà à quelle sauce il va être mangé.

La salle est vaste, mais est aussi un vrai hammam. 400 personnes y cuisent depuis que les portes se sont ouvertes à 19h30. Les plus petits courent dans tous les sens. Tout le monde s’impatiente. Les maîtresses dressent un mur au pied de la scène.

20h, le directeur monte sur scène. C’est étrange cette propension qu’ont les gens à ne pas se présenter. Je ne crois pas lui avoir jamais parlé depuis 2 ans que ma fille est dans cette école. Il nous annonce notre punition : 2 spectacles de 45 minutes sans entracte. Il va nous falloir tenir 1h30 dans cette chaleur étouffante sans bouger. On sent déjà que la barre est un peu haute. Pourquoi faut-il que les spectacles soient si longs ? Pourquoi faut-il toujours cette escalade dans l’accumulation, comme si la quantité servait toujours et avant tout de faire valoir ? La présidente de l’association de l’école dit un mot. Après la punition, voici les menaces. Tous les enfants seront privés de sorties, de voyages et de tour de la Drôme en vélo si personne ne vient l’aider à monter la kermesse, le loto ou je ne sais quoi. Le ton et les reproche ne donne pas très envie. L’évolution des relations sociales de nos sociétés permettent-elles encore d’envisager que les formes de sociabilité d’hier soient pareilles à aujourd’hui ? Kes associations de parents peuvent-elles encore fonctionner ? Je crains que les temps ne soient plus à cela. Ou alors, pour qu’ils y soient encore, il faut remettre du lien social au coeur du processus. On n’est pas sauvé. L’association des parents d’élèves risque ici aussi de s’éteindre, comme dans de nombreuses écoles de France, faute de troupes. Les coopérations fortes s’étiolent sous nos yeux sans que nous soyons capables de les raviver, de réinventer de nouvelles formes, ou plus faibles ou plus larges… (1)

Le brouhaha revient. La lumière s »éteint sur la salle, s’allume sur la scène. C’est parti !

Le spectacle est plutôt bien. L’intervenante musicale, Emilie, a fait apprendre de belles chansons aux enfants, des chansons qu’on ne connaissait pas. Ou plutôt si, c’est celles que notre fille a chanté toute l’année. On les connait par cœur. On les redécouvre. Peu de temps morts. Bien sûr, ça cafouille un peu. Mais les enfants bougent et chantent. C’est un peu plus statique que pour les maternelles il y a quinze jours. Ici, ils chantent plus qu’ils ne dansent, alors que chez les minuscules, c’est l’inverse – ceci explique peut-être cela. Seul regret, comme souvent dans ces spectacles, il y a des enfants devant et derrière et bien souvent, ceux qui sont devant le reste et ceux qui sont derrière aussi. La seule contrainte chorégraphique demanderait seulement que tout les enfants se succèdent devant, histoire que les parents, béas d’admiration, puissent faire leurs photos et admirer leur progéniture. Et puis, c’est cela que le spectacle est sensé apprendre aux enfants, non ? A ne pas avoir peur du public ? (oui, pas seulement, je sais). Il faudrait donc les aider à s’y confronter, plutôt que d’en laisser certains se cacher derrière les autres et que d’en laisser d’autres se pavaner devant les uns…

Comme toujours la sonorisation est déplorable. Les enfants doivent se battre avec trois pauvres micros – dont un qui ne marche pas -, sans savoir s’en servir et avec des masques qui leur empêchent de parler dedans. On n’entend pas les chorales, car elles n’ont pas de micro. La musique couvre tout. La salle est agitée, forcément, elle peine à entendre. Les enfants courent. Les bébés pleurent. Quelques papas discutent au fond. Je regarde. Je me retourne. Il y a beaucoup de maman seules. Les papas ne sont pas tous venus. Elles écoutent. Avec l’appareil photo ou la caméra, ou simplement leur oreille. La plupart sont attentives, l’oreille aux aguets. L’acoustique est pitoyable. Chacun sue à grosse goutte. L’atmosphère s’échauffe.

En fin de chanson, l’intervenante musicale, excédée, réclame le silence. Ca y est, d’un coup, la tension est palpable. On la sentait monter : là voila. Comment est-il possible d’avoir le silence dans une salle où la moitié des spectateurs sont des enfants et les 3/4 de ceux-ci des petits qui s’agitent alors qu’à cette heure-ci ils devraient déjà dormir ? A l’Opéra ou au théâtre, les marmots ne sont pas là, c’est peut-être pour cela que c’est plus calme. La tension va aller ainsi crescendo toute la soirée. D’un côté les profs, de l’autre les parents. Les professeurs en majesté qui s’en prennent aux parents. La communauté des parents qui prennent pour quelques enfants bruyants (aucun n’a crié, pas un ne s’est même battu, je vous rassure) ou quelques rares parents qui bavardent peut-être un peu (ils sont déjà partis au bar, non ?), mais peu nombreux, marginaux par rapport à l’attention générale. Les rappels à l’ordre se multiplient. Souvent inutilement.

Pas d’entracte, mais le spectacle est arrêté. On aperçoit le directeur maugréer. Les profs attendent le silence pour démarrer. Les parents attendent que ça démarre pour faire silence, rappellent les enfants égarés, leur donnent à boire, échangent un mot avec leurs proches. Comportement classique qui énerve tout le monde pour rien. Triste jeu de chat et de la souris ou chacun se sent déconsidéré par l’autre. Ca finit par reprendre, un peu au pas de course. Le spectacle des plus grands est encore mieux que celui des plus petits. Certes, on n’entend pas tout. On fond dans nos sièges baquets. On colle à l’ambiance.

Le spectacle s’accélère, comme au pas de course. C’est fini. Les applaudissements se terminent vite. Entre l’énervement de s’être senti un peu insulté et le désir de retrouver au plus vite son enfant pour s’échapper de cette fournaise – rassurez moi, les autorités sanitaires ferment la salle tout l’été tout de même, Mme le maire ? Nous on file. On ne prendra rien à boire au bar. Les plus petites sont épuisées et on a trop besoin de se rafraichir. On s’enfuit.

Triste constat. Il faudrait remettre un peu de dialogue dans tout ça. Juste au milieu. On aimerait bien y mettre de la créativité, de l’envie. Ca va être difficile d’en trouver. Les camps vont se retrancher. Lundi ou mardi, nous aurons certainement un mot de la direction pour nous dire que les professeurs ne referont plus jamais de spectacle (2). Les parents mettront leur paraphe silencieux au bas du message collé dans le cahier de leur enfant. Les professeurs se laisseront reconvaincre dans deux ou trois ans, le temps qu’ils oublient un peu. Ca doit être désormais le bon rythme. L’essentiel est que les enfants fassent un spectacle de fin d’année au moins une fois dans leur scolarité. Tout les ans, c’est certainement trop fréquent.

L’école, oui, comme le clame les livres et les analystes, aurait bien besoin d’être réinventé et notamment le rapport prof/parents. On voit combien celui-ci s’est décomposé dans l’aigreur des uns et les indifférences des autres – je ne m’exclue pas, j’y participe certainement tout autant que d’autres. Mais je me dit que cette opposition systématique entre les uns et les autres est épuisante et qu’elle ne nous mène nulle part. Parents comme profs sont insupportables d’autorité.

La salle des spectacles aussi aurait besoin d’être réinventée. Une sonorisation et une climatisation correcte au moins. Oui, avec le matériel, c’est toujours plus facile croit-on. Disons qu’on pense toujours que de bonnes conditions matérielles sont un bon préalable. Est-ce vraiment parfois le cas ?

_____________

(1) Plus faibles, c’est-à-dire des coopérations qui demandent moins d’engagements que les coopérations que l’on connaissait avant. Les associations par exemple, que l’on dit toujours vivaces, alors que l’âge moyen de leurs dirigeants ne cessent d’augmenter, comme le rapportent quelques chiffres clés du secteur (.pdf). Les associations ont de plus en plus de mal à exister, à se créer, à subsister. Il faudrait donc se mettre à inventer des rapports avec d’autres corps constitués que des associations. Sinon, ça va être comme avec les syndicats, on ne va discuter qu’avec des gens qui ne représentent plus vraiment les salariés, qu’une infime partie… Plus larges, car pour assoir les coopérations plus faibles, en partie déstructuré, il faudra à contrario que leurs assises soient plus larges. Les clubs photos disparaissent. Aujourd’hui, on partage ses photos sur Flickr qui pour fonctionner élargit son assise à des milliers voire des millions d’utilisateurs. La dynamique des plus actifs portant les autres. Je ne dis pas que c’est mieux. Je dis juste que c’est ainsi que ça se transforme. On peut souhaiter plus de coopération, force est de constater que le massivement relationnel prend le dessus.

(2) La même histoire nous est arrivée à Romans il y a 2 ans. Mais ce coup-ci, contrairement à la première fois, finalement, nous n’avons pas eu de mot pour regretter le comportement des parents. Tant mieux. Cela mettra un peu d’optimisme à ce billet qui en manque certainement. C’était juste une impression plus qu’un jugement définitif sur les uns ou les autres (je n’en ai jamais de définitifs, pour ma part).

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Written by leromanais

1 juillet 2008 à 23 h 54 mi

Publié dans Réaction

4 Réponses

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  1. C’est toujours plus joyeux chez nous a pizançon ! ;D

    Mais quel idée de faire ça a 20 h aussi !!

    enneite

    2 juillet 2008 at 9 h 13 mi

  2. Tant que les parents d’élèves ne s’impliqueront pas plus dans l’organisation de la fête de l’école, ils auront toujours l’impression que celle ci leur échappe.
    Et puis entre nous, c’est toujours plus facile de critiquer ce qui a été fait que d’essayer de participer pour améliorer … un réflexe très répandu chez les parents d’élèves.

    Moi aussi je suis papa, et moi aussi je dois écouter pendant de longues minutes en plein soleil la chorale scolaire …. Et pourtant, je me refuse de critiquer sans m’impliquer un minimum dans cet événement pour essayer effectivement dans faire la fête de l’école et de tous les acteurs de l’école ( enseignants, parents et élèves).
    Par exemple, cette année les parents ont fait pression pour que la fête de l’école s’ouvre vers l’extérieur … que celle ci se fasse sur la place du village et non plus dans la cour, pour que des groupes de musiques locaux puissent jouer en soirée, pendant le barbecue ….. Le projet a séduit beaucoup de parents et de ce fait nous avons été suffisamment nombreux pour que cela se fasse et pour que l’équipe enseignante accepte.
    Ce fut certainement la meilleure fête de l’école que nous ayons eu depuis des années ….

    Lionel

    2 juillet 2008 at 9 h 45 mi

  3. Oui Lionel. Je pense que tu as tout à fait raison.

    Hubert Guillaud

    2 juillet 2008 at 10 h 13 mi

  4. Épique ! On s’y croirait. En fait, c’est partout pareil. Dans mon village, il y a en plus le spectacle de l’école de musique, sur le même schéma ! Les parents d’élèves sont pourtant très actifs et impliqués ! Certains profs ou directeurs ont pourtant plus de sens artistique que d’autres…

    jcmoriaud

    2 juillet 2008 at 13 h 36 mi


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