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Législatives : le débat de la gauche en vidéo

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LégislativesLa soirée était organisée autour de 4 thèmes et de questions posées par l’association Attac-Romans qui portaient sur l’Europe, le modèle social, les impôts et les services publics. Pour répondre à chacune, chaque candidat disposait de 6 minutes pour exposer les idées du mouvement qu’il représente et les siennes. J’ai essayé de faire quelques vidéos des interventions, mais la mémoire de mon petit appareil ne permet d’engranger que 5’54, ce qui explique que les derniers mots soient parfois coupés. Le temps de décharger sur mon ordinateur l’intervention d’un candidat, je n’ai pu filmer l’intégralité de leurs propos. Néanmoins, cela va vous permettre de les entendre, de les voir, de les écouter… Vous trouverez donc en vidéo, ici, seulement quelques-unes de leurs interventions dans une répartition que j’espère équitables et pour les autres une synthèse de leur intervention.

Leur débat est à vous. N’hésitez pas à y réagir.

Quelle Europe pour demain ?

Yannick Vitton-Mea
envoyé par leromanais

Pour Jean-David Abel, si on veut avancer, il nous faut se doter d’une réelle constitution, mais il faut distinguer la partie constitutionnelle et rejeter le reste (notamment les références au libre marché). Les Verts souhaitent ensuite que cette nouvelle Constitutions soit ratifiée par un référendum européen dans toute l’Europe, organisé le même jour.

Pour Jean-Marc Durand, il faut respecter le vote de 2005, qui a rejeté massivement, à 55 % le traité européen. « Monsieur Sarkozy imaginerait-il qu’on puisse revoter pour la présidentielle 6 mois après son élection ? », argumentait-il non sans humour. Pour le PCF, l’Europe doit promouvoir un modèle social nouveau reposant sur une égalité des populations (hommes, femmes ; immigrés) ; sur la co-élaboration entre parlement nationaux et parlement européens. ; et doit affirmer un nouveau rôle social et économique pour le développement du monde. Pour lui, il est important de remettre surtout en cause le rôle de la Banque centrale européenne en donnant les moyens au peuple de contrôler l’argent. « On ne peut pas développer une politique publique des services sur le modèle de financement propre (d’autofinancement de ceux-ci) tel que le propose l’Europe aujourd’hui. »

Catherine Coutard a souhaité revenir aux raisons du refus du traité européen afin de mieux comprendre ce que les gens ont rejeté : c’est l’opacité du traité, l’absence de contrôle démocratique et le sentiment d’être désaisit de leur avenir qui a d’abord pesé dans ce refus. La seconde raison de ce refus réside dans l’absence d’une certaine laïcité (économique et sociale, surtout, si j’ai bien compris) de l’institution européenne qu’on nous proposait. Enfin, la troisième raison, et pas la moindre résidait dans le déterminisme économique et social proposé : « il était impensable pour les citoyens de croire que les modalités économiques et sociales du développement futur de l’Europe puissent ainsi être gravées dans le marbre. » Et de proposer la perspective d’une nouvelle constitution qui défende le modèle social européen qui passe autant par l’accès aux soins, la défense d’un système éducatif égalitaire, etc. Un modèle social qui est le fondement de l’identité européenne. « Un nouveau traité oui, mais avec une vraie expression démocratique nationale et européenne, car on a besoin de plus d’initiative et de contrôle. » L’Europe doit montrer son efficacité et doit mettre la croissance et l’emploi au coeur de son projet, concluait-elle.

Catherine Coutard sur l'Europe
envoyé par leromanais

Le modèle social français est-il utile, juste, efficace ?
Nous sommes attachés à nos systèmes sociaux, mais il faut reconnaitre qu’ils sont améliorables et pas toujours justes, expliquait le candidat Vert. « Tous les pays qui ont misé sur la capitalisation des retraites s’en mordent les doigts. » Il faut baser les cadres de nos retraites sur les espérances de vies par catégories professionnelles et prendre en compte la formation professionnelle et le temps de travail tout au long de la vie. Aujourd’hui, notre modèle social porte en lui bien des déficits : sur le droit des femmes, sur le dialogue social notamment où l’on a besoin de nouvelles mesures pour assurer une meilleure représentativité effective des organisations professionnelles.

Jean-Marc Durand est longuement revenu sur le bilan de ces cent ans d’acquis sociaux. Pour lui, le grignotage de la fonction publique française est inacceptable. Il refuse la capitalisation des retraites qui pousse à la financiarisation de l’économie et à la déresponsabilisation des entreprises. Il faut défendre la retraite à 60 ans pour tous et les 37 annuités pour tous. Il faut stopper les allègements sociaux dont bénéficient les entreprises et mieux contrôler l’utilisation de l’argent, pour mieux décider à quelles fins il doit être employer.

Jean-Marc Durand, PCF
envoyé par leromanais

« De quel modèle social parle-t-on ? », se demandait Catherine Coutard. « Est-ce sur le plan pratique ou théorique ? » Jean-Marc Durand a raison de rappeler l’historique de ce modèle. Dans le modèle éducatif, l’école républicaine a bien joué son rôle en permettant la promotion de tous. Le système de retraites par répartition est le plus équitable, le plus sûr et le seul à être sûr dans le temps. Aujourd’hui, il pose certes un problème technique : nous sommes confrontés à un pic de trésorerie lié à la pyramide des âges, un pic conjoncturel que les perspectives de cette même pyramide montre qu’il reviendra à la normal. Est-ce qu’un problème dont on sait qu’il est conjoncturel doit remettre en cause un modèle qui fonctionne depuis 60 ans ?

L’accès aux soins est essentiel dans notre système et l’égalité de l’accès aux soins de qualité pour tous est à préserver. Mais aujourd’hui, l’hôpital public remplit-t-il encore ce rôle ? Si oui, pour combien de temps ?, s’est inquiété la candidate. Mais la question du modèle social doit aussi s’appliquer à de nouvelles questions comme l’aménagement du territoire, le logement à loyer abordable et la culture… « Ce sont ces questions qui font qu’on a envie de vivre ensemble et qui font partie de ce modèle social français. L’absence de construction de logement social par exemple fait qu’il n’y a plus de justice de territoire. On n’aménage plus rien. Il faut aussi reposer profondément le rôle de la culture dans sa partie émancipatrice. » Il faut défendre un modèle social français qui est aujourd’hui mis à mal et qui est de moins en moins efficace concrètement pour chacun..

Yannick Vitton-Mea pour la LCR a rappelé que Noël Forgeard, le patron d’EADS, a négocié une retraite mensuelle de 100 000 euros par mois en plus des 8 millions d’euros constituant son golden parachute. Les chefs d’entreprise négocient une retraite payée par l’entreprise qui ne correspond en rien aux minima sociaux qu’ils imposent à tous. « Des spécialistes nous disent que le système par répartition va mourir, comme on nous disait qu’il y avait des armes de destruction massive en Irak. » Alors oui, il y a un problème de répartition des richesses dans ce pays défend-t-il. « Quand les charges sociales des entreprises baisses, c’est notre salaire qui baisse car c’est lui qui paye ce que ces charges permettent ». A la LCR, nous sommes contre la baisse des charges sociales. Rappelons-le : les fonds de pension font parfois faillites parce qu’ils jouent à la bourse, mais leurs dirigeants, eux, s’en vont toujours avec de l’argent plein les poches. Il faut créer des emplois dans la fonction publique, maintenir et défendre ls 35 heures voir les 32 heures hebdomadaire. Maintenir les régimes spéciaux comme les 37 annuités.

Il faut réformer notre système social, mais attention, il y a des réformes de droites, à la Nicolas Sarkozy, et des réformes de gauche, progressistes. Il est nécessaire de poser le problème du contrôle des entreprises par les travailleurs afin de faire notamment disparaitre l’économie souterraine. « On élit un maire PS qui finira peut-être ministre UMP, sans que ça pose de problème à personne », rappelait Yannick en pointant Eric Besson du doigt. Nous avons besoin d’un vrai contrôle sur les institutions.

Baisser les impôts : est-ce utile, juste, efficace ?
Pour Jean-Marc Durand, l’impôt sur le revenu est le seul impôt qu’il ne faut pas baisser mais plutôt augmenter, car il est progressif et donc juste, et permet de prélever en fonction de la capacité contributive de chaque citoyen. Sarkozy est revenu à 5 tranches avec un taux maximal à 40 % : le PCF propose 10 tranches avec un taux maximal de 55 %.
S’il faut maintenir les droits de succession, il n’en faut pas moins revoir la progressivité en fonction aussi des revenus de la personne qui reçoit la succession. Mais tout n’est pas une question de répartition. Comment satisfaire les besoins de santé sans alimenter les budgets des hôpitaux ?

Pour Catherine Coutard également, l’impôt sur le revenu est le plus juste car le plus progressif. La TVA est l’impôt le plus injuste, mais il est aussi celui qui rapporte le plus : il doit baisser voir disparaitre sur des produits de première nécessité. Personnellement, je suis contre la suppression des droits de succession, expliquait la candidate, car il existe déjà beaucoup d’exonérations et de possibilité de transmettre des parties de son patrimoine sans payer d’impôts. Les droits de succession sont l’impôt le plus juste d’une génération à l’autre : « on ne doit pas être riche parce que nos parents sont riches, on doit remettre au pot commun ». Il faudrait aussi évoquer les impôt locaux soulignait encore la candidate dont les assiettes n’ont pas été redéfinies depuis longtemps et qui sait être particulièrement injuste en renforçant l’impôt foncier au moment de la vente d’un bien, sur la plus-value de celui-ci.

Pour Yannick Vitton-Mea, il faut revoir le barème de l’impôt. A la LCR expliquait-t-il directement : « On est pour la suppression de la fortune ». Suppression des niches fiscales sur les oeuvres d’art ou les bateaux… Le candidat s’en est surtout pris à la TVA, l’impôt le plus injuste, même si sur les biens de première nécessité il est déjà très bas : « Je ne veux pas payer le même impôt que Sarkozy quand je prends un litre d’essence ! » Il faut supprimer la TVA, lançait le candidat, rappelant combien la fiscalité parle de la répartition des richesses et nécessite donc une autre politique, une autre logique que celle qui prévaut aujourd’hui.

Pour Jean-David Abel également, l’impôt est un outil politique fort de redistribution. Les baisses d’impôts des tranches supérieures sont trop inégalitaires : la baisse de 50 % des impôts a bénéficié à 3 % des gens.

Jean-David Abel, les Verts
envoyé par leromanais

Service public : faut-il le renforcer et l’étendre ? Et comment développer leur traduction au niveau européen ?
Pour Catherine Coutard, oui, il y a un problème de répartition des richesses dont les grands perdants sont les salariés. Pour la finance internationale, une délocalisation réussie c’est entre 2 et 6 fois moins de dépenses sur les salaires et tout ce qui va avec (retraites, aides sociales…).

Yannick Vitton-Mea est pour le renforcement des services publics de qualité : « C’est la seule garantie pour que les citoyens soient égaux devant l’administration. » Et d’aller plus loin : la LCR est pour la création de nouveaux services publics à destination du 4e age et de la petite enfance notamment.. Seul le service public peut permettre de sauvegarder les égalités. Aujourd’hui, la tendance est inverse : « mais un centre de formation doit-il faire des profits ? »

Jean-David Abel, les Verts
envoyé par leromanais

Pour Jean-Marc Durand également le service public est central. Il d’appeler un retour à la sphère public et à la création de nouveaux services. Et de prolonger les idées de Yannick Vitton-Mea : Le service public met en cause les logiques libérales qui sont aujourd’hui à l’oeuvre dans notre société. « Or les critères de gestion des services publics sont de plus en plus imprégnés des critères de gestion du libéralisme. Dans la santé, la tarification à l’activité est un critère de performance et de rentabilité. Les services de l’hôpital se gèrent comme une entreprise désormais. Il y règne, comme dans tout le service public une pure logique de rentabilité financière. Il faut modifier ces logiques ! Sinon, on ne changera rien. » Aujourd’hui, expliquait-il, dans un service public, on peut utiliser les économies de personnel pour acheter du matériel, mais jamais l’inverse. Et de dénoncer : « On va vers des agences de services publics qui signifient la mort des services publics. » Selon lui, la recherche et l’innovation devraient permettre de développer de nouveaux types de croissances. On pourrait par exemple imaginer un pôle public bancaire pour impulser des politiques de développement afin d’avoir des banques qui échappent à la logique financière. Des exemples qui, pour le candidat du PCF, sont les seuls capables d’engager des changements véritables.

Les conclusions des candidats

La conclusion de Yannick Vitton-Mea, LCR
envoyé par leromanais
La conclusion de Jean-David Abel, Verts
envoyé par leromanais
La conclusion de Jean-Marc Durand, PCF
envoyé par leromanais
La conclusion de Catherine Coutard, MDC-PS-PRG
envoyé par leromanais

Bilan
Il n’y avait qu’une petite centaine de personnes présente dans la salle. Le candidat de droite, Gabriel Biancheri, avait décliné l’invitation, sous prétexte d’un agenda déjà rempli, mais certainement un peu décontenancé par les questions, assez orientées à gauche posées par les organisateurs, Attac-Romans. Un débat de gauche, pour la gauche assurément.

Les quatre candidats ne se sont pas démarqués par des oppositions radicales, au contraire. On a plutôt eu l’impression d’un assez fort consensus sur les 4 questions abordées. On regrettera surtout l’absence de débats sur des questions plus locales et sur les projets qu’ils souhaitent porter, en tant que possibles députés, au parlement. On aurait aussi aimé savoir comment ils vont partir à la conquête du reste de la circonscription, comment ils vont séduire les villages environnants qui eux votent massivement à droite.

L’enseignement de cette session a surtout été de voir les candidats de gauche de la 4e circonscription de la Drôme s’exprimer et de mieux mesurer leurs différences personnelles. Yannick Vitton-Mea, avec sa révolte à fleur de peau, sa simplicité et sa gouaille de militant d’extrême gauche. Jean-David Abel, toujours un peu complexe parce qu’il tient à ne pas se masquer la complexité de notre société. Jean-Marc Durand, qui est plutôt un bon tribun, posé et clair. Et bien sûr, Catherine Coutard, qui est, pour les Romanais, la moins connue. Dont le style, dans la façon de parler, rappelle un peu Ségolène Royal, en moins froid et beaucoup moins maniérée. Avec des convictions plus assurées et assumées. Des différences plus de styles que sur les idées ?

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Written by leromanais

12 mai 2007 à 1 h 17 mi

Publié dans Actualité, Politique

3 Réponses

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  1. n ayant pu aller a ce debat d idées, felicitation^pour retransmettre celui mon cher hubert

    fournier

    12 mai 2007 at 11 h 35 mi

  2. Pour ceux qui n’y étaient pas

    Le Blog Le Romanais a bien fait les choses : pour ceux qui n’ont pu être présents au débat sur les législatives organisé par Attac vendredi soir à Romans, les conclusions de chacun des quatre intervenants ont été filmées et mises en lig…

  3. « On regrettera surtout l’absence de débats sur des questions plus locales et sur les projets qu’ils souhaitent porter… »
    Que voilà un beau résumé de la campagne législative en ce moment à Romans…
    Il reste un mois, peut-être que l’un ou l’autre des candidats va finalement faire preuve d’un brin de vitalité (d’intérêt?) locale?
    Quoi qu’il en soit, félicitations pour ce reportage. Quand les blogs deviennent meilleurs que la presse officielle… Respect!

    Franck

    16 mai 2007 at 22 h 51 mi


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