LeRomanais

Agir local, penser global. L’internet local à Romans-sur-Isère et ses environs (Drôme).

Be local et Blogs locaux

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netizen01.pngLes deux articles qui suivent, « Be local » et « Blogs locaux, de l’information à la contestation », ont été publié dans le premier numéro de Netizen, en février 2006, il y a un peu plus d’un an. Si tous deux mériteraient aujourd’hui un petit toilettage, je trouve qu’ils restent suffisamment d’actualité pour pouvoir être conservés entre ces pages.

BE LOCAL
#Les réseaux sociaux locaux n’existent pas sur l’internet
On connaît ou l’on fait tous partie d’une des nombreuses communautés électroniques qui existent sur l’internet (d’e-lecteurs, de militants, de joueurs…). Toutes permettent à des gens, physiquement éloignés les uns des autres, de se retrouver autour de passions qu’ils partagent ou de sujets auxquels ils s’intéressent.

Mais ces réseaux sociaux peinent à s’agréger en communautés locales. Le facteur de proximité géographique est rarement premier dans ce type d’échanges et les espaces Web où pourraient se retrouver des concitoyens autour des problématiques de leur quartier, de leur ville ou de leur département, quelle que soit l’approche qu’ils expriment (militante, sportive, culturelle, économique, commerçante, syndicale, politique, associative, citoyenne), sot encore bien rares. Force est de constater que les réseaux locaux n’existent quasiment pas. Si l’internet est devenu une agora mondiale, il semble avoir oublié nos villages.

#La réalité locale
On a longtemps affirmé que les outils de l’information et de la communication allaient permettre une démocratie « participative » idéale ou plus directe. Pour autant, le citoyen modèle, intéressé, informé, hyperactif sachant se passer des médiations traditionnelles est une espèce extrêmement rare. Et il y a peu de chance que leurs exemples contaminent l’ensemble de la société. Ces nouveaux médiateurs que sont les blogueurs locaux occupent surtout la place laissée vacante par les institutions traditionnelles du village, qui peinent à se lancer sur la toile : presse, associations, partis politiques et institutions territoriales. Leurs enthousiasmes cristallisent autour d’eux la communauté des utilisateurs locaux d’internet, qui elle, n’est bien souvent que le reflet déformé – réfractaires en moins – de la réalité locale. Et l’on peut regretter que dans cette cohorte d’innovateurs, les responsables d’associations aient souvent le rôle de la voiture balai, alors que ce sont eux qui auraient le plus besoin de ce type d’outils.

#La force de l’agglutination
Là où certains espèrent la mise en place d’une politique citoyenne de proximité participative, émergent plutôt des usages communs dont la politique n’est qu’une des multiples formes d’expressions. Les animateurs d’un club de rugby local privilégieront photos et vidéos des évènements sportifs, annonces des matchs et des résultats. La politique ne sera qu’une incise à l’image d’un billet se félicitant de la réfection du stade par la municipalité ou d’une autre critiquant la diminution de la subvention du conseil général – dans ce qui sera le miroir de la vie de la cité. Développer une communauté électronique locale ne va pas « augmenter » la politique, mais développer le spectre des regards et favoriser par-delà les échanges et les relations. La personnalisation des questions publiques ne remettent pas en question le savoir politique ou la légitimité des acteurs qui le détiennent, mais démultiplie les regards et fait « remonter » la diversité des situations. Comme le dit le philosophe Paul Mathias, internet change la nature de la politique en multipliant les interventions et les intérêts : elle permet d’élargir les enjeux sociaux afin, je crois, d’obtenir des consensus mieux partagés, en permettant une meilleur lisibilité des débats qui y ont conduits.

#Augmenter les réseaux existants de relations électroniques
L’internet n’est pourtant pas encore le lieu où tout un chacun s’exprime : il faut encore aller chercher les utilisateurs par la main. Sans compter qu’il manque bien souvent une dynamique locale : association d’utilisateurs d’internet, centre de formation ou espace d’entraide. Cette plate-forme locale naît très souvent d’une manière autonome, sous l’impulsion d’un médiateur qui se charge d’animer la communauté. C’est là la force des blogs locaux, qui prennent le prétexte de l’actualité ou de la découverte de l’internet local pour agiter ou fédérer un réseau de lecteurs et d’acteurs qui s’identifient auprès d’eux. Pour les plus anciens, leur exemple ou leur contre-exemple, développe les initiatives… et permettent à d’autres projets citoyens portant la diversité de l’expression publique d’émerger.

Associations, personnes et réseaux commencent à comprendre qu’ils gagneraient à s’interconnecter : pour donner à lire leurs actions et leurs interrogations et permettre de mieux identifier les activités de tout un chacun. Les réseaux existants s’augmentent alors de relations électroniques qui permettent aux citoyens de prolonger leurs échanges sous formes électroniques, de mieux préparer les rencontres physiques, pas seulement par mail – comme ils le font déjà tous -, mais aussi sur le web, à la vue de tous et notamment des gens qui peuvent s’y intéresser.

#Développer l’internet local !
Animer une communauté, développer l’interactivité locale ne s’arrête pas à inviter les internautes à commenter l’actualité locale au bas des pages d’un blog. Ca signifie s’intéresser à l’internet local sous toutes ses formes : l’accompagner dans son développement en animant des formations ou des rencontres physiques pour prolonger les rencontres virtuelles, déployer des outils utiles à la communauté en impliquant les membres du réseau dans ces évolutions. Ca signifie aussi dépasser un peu les clivages existants pour que la diversité prenne forme.

Voilà un travail de terrain peu gratifiant, car il vient saper les principes et les présupposés de beaucoup. Un travail d’opposition, non pas tant politique, que culturel. Néanmoins, que ce soit au Meuil-de-Ré comme dans la Haute Vallée d’Aspe, de Brest à Romans-sur-Isère, en passant par Venelles ou Puteaux, les pionniers sont là. a leurs manières, avec les moyens du bord et une myriade d’outils, ils tissent un réseau de relations technologiques entre les usagers : un réseau qui permet des rencontres, commence des conversations.

#Un enjeu pour les médiateurs locaux traditionnels
Les médiateurs locaux traditionnels ne voient internet que comme un média où diffuser leur information. Les expériences les plus innovantes commencent à se mettre bien timidement à l’interactivité : mais ce n’est pas en se contentant d’ouvrir les colonnes de ses articles à quelques commentaires, comme le montre les premières expériences de la République du Centre ou du Midi Libre, que la presse locale va prendre un avantage décisif sur les communautés locales qui émergent. C’est en étant le miroir de ce qui se passe localement que la presse locale a connu ses heures de gloire au format papier : c’est en étant le miroir de ce qui se passe localement « sur l’internet » qu’elle connaîtra ses heures de gloire sur la toile.

il est en tout cas temps, pour eux, de reprendre la main et d’animer les communautés par du contenu propre, mais plus encore, en tissant des passerelles entre des réseaux qui risquent sinon de s’atomiser. Comme le disait Dan Gilmor dans We The Media : « Ce que l’on appelle le journalisme citoyen n’est pas un projet de critique des médias, mais d’expansion des médias ». C’est à chacun d’en être une part.

BLOGS LOCAUX, de l’information à la contestation
De l’association qui publie son actualité au groupe d’opposition qui égraine des couplets vengeurs sur l’actualité municipale, on peut exprimer son appartenance locale de multiple façons sur le web. Mais les blogs de citoyens sur l’actualité économique, politique, sociale et culturelle de leur localité détonnent et étonnent.

On ne présente plus Christophe Grébert, l’animateur du blog MonPuteaux.com. Depuis juin 2002, ce « Putéolien qui a décidé de l’ouvrir » réalise un travaille de sape méthodique des décisions municipales, remettant en question, billet après billet, les dépenses votées et les actions entreprises. Poursuivi en justice par la ville, le cas Grébert, très médiatisé, a inspiré beaucoup d’autres internautes dont il reste la figure emblématique.

Faire éclore le débat local
Tous les blogs locaux ne sont pas aussi corrosifs, mais tous jouent ce rôle de poil à gratter qui met le doigt là où ça dérange. Etonnament, la plupart de ces blogueurs citoyens n’étaient que rarement impliqués dans la vie locale avant d’ouvrir leur site. A les écouter, pour beaucoup, l’initiative est souvent spontanée et puise son origine dans un intérêt personnel pour la chose publique. Comme le souligne Didier de Parie Neuvième : « Je crois en une réappropriation par les citoyens de leurs destinées et cela doit commencer au niveau local ». Même constat pour Christophe Grébert, militant socialiste qui s’est engagé dans le blogging local après la défaite de juin 2002. Si tous ces blogs ne sont pas militants, tous revêtent une dimension politique indéniable, cherchant à mettre en perspective les décisions et l’action politique locale.

Opposition ou information ?
Les blogs locaux tiennent-ils du journalisme citoyen ou du militantisme politique ? Servent-ils d’abord l’information de leur communauté locale ou, par leur côté partisan, sont-ils plutôt les moteurs de la contestation ?

Les cas diffèrent et les ambitions ne sont pas toujours clairement affichées. Force est de constater que les meilleurs d’entre eux offrent peu de nouvelles factuelles, mais plus volontiers un regard politique sur les décisions locales. Témoins ces analyses de Jérôme Charré sur le Programme de rénovation urbaine des quartiers Nord d’Aulnay ou la prise de parti d’Ile-de-Groix.info contre le rejet en mer des boues et vases draguées dans le port de Lorient. Sans être forcément en opposition radicale avec la municipalité, tous donnent à lire une vision différente de la communication officielle, trop souvent reprise sans perspective par le bulletin municipal comme par la presse locale. Assurément, le ton de ces blogs dénote et ils ne sont d’ailleurs pas toujours bien vus par les pouvoirs établis. Les blogs locaux se définissent d’abord dans la contestation : que leur opposition soit systématique ou plus constructive, ils ne tirent leur légitimité que par la pertinence de leur analyse et par leur rôle de forum, de lieu de débat.

Les blogs locaux sont-ils lu ?
« Les statistiques de ces blogs, parfois visibles sur le site lui-même, montrent que oui. Mais les chiffres, c’est vrai, sont encore faibles dans l’absolu. Cependant, quand on y regarde de près, 50 ou même 100 visiteurs par jour, c’est bien souvent beaucoup plus que les élus ne reçoivent dans leur permanences », remarque DémocratieLocale.info.

Car la force des blogs locaux ne vient pas forcément de leur capacité à exprimer l’opposition locale (les tracts et les affiches sont encore, et pour longtemps, beaucoup plus efficaces), mais des débats qu’ils amorcent sur des questions locales. Et si ces débats sont encore souvent embryonnaires, ils offrent aux concitoyens un espace d’expression qui, jusqu’à présent, n’existait pas souvent. La véritable force de la démarche, n’est donc pas tant dans ces blogs pris isolément, que dans le réseau d’interaction local qu’ils font éclore. Leur exemple – encouragé par les commentaires qu’ils inspirent ou les témoignages d’intérêts qu’ils suscitent (audience, sondage, citation) – fait bien souvent boule de neige. Les plus anciens commencent à égrainer localement une galaxie de blogs citoyens, d’associations, d’institutions qui, en réaction ou en complément, s’invitent au débat local.

Encadré #1 : QUELLES INFORMATIONS TROUVENT-ON SUR CES BLOGS
Des informations locales bien souvent retranscrites de la presse locale ou d’autres sites web. Si les blogs locaux sont souvent un relais, ils publient assez peu d’informations véritablement inédites, et encore moins de scoops ou d’interviews. Les photos originales sont rares. Les podcasts qui apparaissent timidement sont surtout enregistrés derrière l’ordinateur plutôt que sur le terrain. Pourtant, c’est souvent en offrant la parole aux autres comme un miroir tendu qu’ils se révèlent les plus intéressants. Comme quand Sébastien Bailly du Rouennais donne la parole à un commerçant qui se plaint de l’organisation du marché de Noël, place de la Calende, à Rouen. Ou quand Christophe Leguevaques de MonToulouse retranscrit les propos des habitants du quartier de la Reynerie en colère : « Il existe à côte dé mon immeuble un espace vert, s’exclame Christiane. Les habitants se sont appropriés ce terrain pour en faire un lieu de sport et de pique-nique. Et bien, sans concertation, sans évaluation, sans discussion, on vient d’apprendre que le terrain allait être remplacé par un immeuble. Les gamins ont signé une pétition. Mais ils n’ont pas été reçus à la mairie. »

Encadré #2 : BLOGUER LOCAL
Par principe, un blog local est centré sur l’actualité d’un quartier, d’une région, d’une ville. De comptes rendus des conseils municipaux aux discussions autour du Plan local d’urbanisme, à la remis en cause de tel ou tel aménagement, en passant par les photos de la fête de l’école ou l’annonce de la prochaine exposition au centre culturel… le blogueur local cherche à fournir sur le Net une information qui souvent ne s’y trouve pas. Les blogs les plus populaires sont en général ceux dont les auteurs personnifient le contenu, par des opinions destinées à faire naître le débat.

On dénombre aujourd’hui une petite centaine de blogs locaux en France, relativement actifs et bien relayés par une poignée de blogs d’associations culturelles, éducatives ou sportives.

Encadré #3 : DES SOUCIS POUR LES BLOGUEURS LOCAUX
Alors qu’on compte moins d’une centaine de blogs locaux en France, plusieurs de leurs auteurs connaissent des tourments judiciaires. Outre Christophe Grébert, poursuivi par sa municipalité, Loïc Lofficial, conseiller municipal d’opposition à Elancourt, l’est également pour des motifs assez proches. Les auteurs du blog ‘L’Asniérois’ subissent les pressions judiciaires de la municipalité qui a déposé plusieurs plaintes à leur encontre. A Evron, Eric Touati ex-directeur des services municipaux, est sous le coup d’une instruction judiciaire et mène plusieurs combats contre les élus depuis 2002. Une judiciarisation des échanges difficile à vivre car les blogeurs doivent assumer des frais de justice sur leur revenus propres ce qui n’est pas le cas des institutions qui les poursuivent. Pour autant, ces exemples montrent que les accusations et les menaces financières permettent surtout aux « victimes » d’élargir leur audience et leur soutien en renforçant leur légitimité.

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Written by leromanais

30 mars 2007 à 7 h 25 mi

Publié dans Open Journalisme local

3 Réponses

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  1. Encore beaucoup à faire c’est certain… mais à Venelles et peut-être même dans le Pays d’Aix une communauté de blogueurs a vu le jour… (http://13770.free.fr/rss/) et le nombre des commentaires nous prouve que de plus en plus de gens s’expriment. Les statistiques sont encore modestes mais près de 100 visiteurs quotidiens pour 8000 habitants c’est environ 150 venellois qui viennent au moins une fois la semaine… beaucoup plus que la permanence au marché le samedi matin, beaucoup plus que les venellois présents lors des séances du conseil municipal.
    Les blogs sont le seul moyen d’information dans une petite ville qui n’a pas de presse et qui n’est pas assez importante pour intéresser le « grand » quotidien régional.

    13770

    30 mars 2007 at 8 h 56 mi

  2. et que devient netizen au fait ?
    arrété ok, mais yavait un autre projet derrière ?

    weetabix

    5 avril 2007 at 22 h 49 mi

  3. […] Bien souvent, les EPN n’ont pas saisi la perche de l’animation du web hyperlocal. Si les animateurs des EPN ont aidé des particuliers ou des associations à ouvrir des espaces contributifs sur l’internet, ils ont rarement mis en valeur un web local qu'ils connaissent finalement souvent assez mal. Leurs missions aurait pourtant pu être de révéler l’hyperlocal, de mettre en place des outils pour la communauté locale : agenda participatif, moteurs de recherche local, portails locaux…. Montrer les dynamiques du web local, rendre compte de ce qu'il s'y passe… Les animateurs ne sont pas devenus les "City Manager" du web local, ceux qui organisent la lisibilité de ce qui se passe localement en ligne. Ce sont les pure players de la presse locale (comme Grand-Rouen, MarsActu, DijonScope, Carredinfo, Montpellier-Journal, Rue89 Lyon….) qui ont eu tendance à prendre ce rôle, renouvelant et prolongeant le rôle initié par les premiers blogs locaux. […]


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