LeRomanais

Agir local, penser global. L’internet local à Romans-sur-Isère et ses environs (Drôme).

Comment construire l’avenir économique de notre territoire ?

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Très intéressante table ronde hier soir, à la Foire du Dauphiné, sur ce sujet. Organisée et animée par « Romans d’avenir » le club de réflexion de l’Association Romans d’Amour.

Apprenez donc que la discussion a surtout tourné autour de « l’innovation », un concept qu’on associe rarement à notre territoire. Sylvie Blanco, de l’Ecole de management de Grenoble a introduit le débat en interrogeant le concept de « Territoire et innovation », pour montrer que ce n’était pas un concept clair et que chacun pouvait y mettre sa préoccupation propre (de quoi parle-t-on ? de développer l’attractivité d’un territoire – économique, touristique ?…- , d’assurer sa reconversion ?…). Qu’entre les différentes initiatives qui peuvent être mises en place (d’ordre incitatives, d’accompagnement ou de développement de projet), il était encore difficile, bien souvent, d’en mesurer les impacts, les retours sur investissements… Cependant, les projets de ce type permettent de créer une vision collective partagée (donner un sens, une « direction », un projet à un territoire), une action (qui vise à encourager les initiatives en faisant attention que les dispositifs n’excluent pas les réels innovateurs) et un réseau (qui mette en relation les acteurs locaux). Et de marteler avec raison que l’innovation n’est pas tant technologique, que le fait d’individus et d’idées. Que bien souvent, elle n’est pas tant technologique que méthodologique et que essayer de transformer les chercheurs et ingénieurs en entrepreneur est un pari difficile et qui tend à se tarir…

Je pense personnellement que le grand avenir de l’innovation repose de plus en plus dans les méthodologies… On voit bien, notamment face aux nouvelles technologies, la demande, de plus en plus pressante d’accompagnement, d’ingénierie, de méthodes pour intégrer de nouveaux dispositifs dans l’organisation. Les sociétés qui feront valoir leurs savoir faire, dans l’implémentation réussie d’outils et dans une stratégie de conduite du changement, ont certainement beaucoup d’avenir… En tout cas, avec un discours clair et synthétique, Sylvie Blanco a résumé la problématique de l’innovation territoriale, sans en donner non plus quelques ficelles – hélas. Un des problèmes de l’innovation territoriale, à mon avis, repose sur le fait que l’action et le rêve sont parfois construits hors sol, et ce alors que le réseau n’existe pas forcément. Une construction inversée, comme souhaiterait le faire Romans d’avenir, me semble beaucoup plus à même de réussir : mettre en place le réseau, construire des objectifs… et peut-être le faire suivre d’actions concrètes.

Ont suivi 4 témoignages d’entreprises romanaises :

  • Jean-Luc Couvreur des Tanneries Roux (100 salariés, 14 millions d’euros de CA dont 45 % à l’export) a rappelé l’importance de l’innovation : « Dans 10 ans, fabriquerons-nous le cuir comme aujourd’hui ? Notre entreprise, qui existe depuis 1803, existerait-elle encore si elle ne s’était pas constemment poser cette question ? » Il faut former les salariés à s’adapter, à changer, à apprendre a rappelé l’entrepreneur… Le besoin en nouveaux types d’organisation est permanent.
  • Marc Chambost de la société Chambost (120 salariés, 30 millions d’euros de CA) a souligné que chaque génération doit apporter des innovations, comme c’est le cas de la Maisson à ossature bois qu’il cherche à promouvoir en France (il n’est pas le seul). Et de rappeler, certainement à destination des élus, que, sur un territoire : « Ce qui rassemble, c’est l’union, ce qui nous pénalise, c’est la désunion ».
  • Hervé Courbis du groupe Courbis (200 salariés, 30 millions d’euros de CA), a lui souligné que l’innovation était surtout humaine, afin de gérer le changement, le sens et la motivation des employés. L’innovation est souvent et avant tout le résultat d’un travail avec les clients. Le patron a insisté longuement sur le fait que le développement de sa société en Slovaquie ou en Chine, n’avais pas pour but la délocalisation comme il en avait à plusieurs reprise entendu la critique, mais pour développer un nouveau marché qui bénéficie aujourd’hui à l’activité de son usine romanaise. Il a rappelé également que le besoin d’innovation était criant dans les écoles : que celles-ci ont besoin de redonner du plaisir dans les métiers techniques. Il a regretté que l’innovation ne soit pas non plus suffisamment médiatique : quand on parle d’une région, on parle beaucoup trop du tourisme, plus avant que de l’économie.

Comment ne pas rejoindre Hervé Courbis sur ce dernier point ? Je l’ai déjà dit ici ou . L’attractivité naturelle de notre territoire n’est pas assez mise en avant ? A quand une campagne de promotion des avantages de celui-ci vers les entreprises parisiennes notamment ?

  • José Magalhaès, de Veyret Technique Découpe (75 associés, 5,5 millions d’euros de CA), a rappelé que, dans cette Coop, les hommes étaient au centre des préoccupations. L’innovation, notamment la découpe a jet d’eau, a bouleversé l’activité de cette société, dont l’activité dédié à la chaussure à 93 % il y a 13 ans, ne représente plus que 2% aujourd’hui.

Georges Perret a ensuite invité les quelques 80 participants à échanger, puisque « c’est avec les hommes et les femmes d’ici que nous faisons l’économie ».

Le sous-préfet, Pierre Clavreuil, chargé du Contrat de site, a tenu a revenir sur sa mission et d’expliquer qu’un projet de territoire, comme celui qu’il est chargé de construire, n’est pas toujours évident à mener sur un territoire (de Rovaltain au Royans) qui est très morcellé administrativement. Mais de souligner deux chiffres intéressants : le secteur cuir emploi plus de personnes qu’il y a un an, malgré la disparition de Kélian et les difficultés de Jourdan. Et le chômage a baissé de 19 % sur le secteur.

On aurait aimé qu’il soit plus précis sur ses chiffres, plutôt que d’essayer de nous endormir en nous faisant comprendre combien sa mission avait besoin de temps pour réussir (le temps que l’économie locale se soigne par elle-même ?). La baisse du chômage sur le secteur est un indicateur important, surtout quand celui-ci a longtemps été catastrophique ? Pourquoi une telle baisse ? A quoi est-ce lié ? Si on pouvait au moins avoir une vision claire sur les indicateurs locaux…
De nombreuses questions ont porté sur l’embauche des jeunes, des seniors ou des personnes en difficulté. Robert Brunie, de l’association Monnaie Service a rappelé que le besoin d’innovation, sur notre territoire, n’existait pas que pour les meilleures entreprises et les meilleurs salariés. « Il faudrait aussi innover pour ceux qui sont le plus loin de l’emploi et qui ne sont pas forcément capables d’aller vers l’entreprise… ». Plusieurs interventions sont allé dans ce sens : Comment intégrer des jeunes qui ont oublié l’entreprise ?

Malgré un mouvement associatif local très fort et les initiatives pourtant nombreuses, l’impression de ne pas parvenir à faire face aux difficultés reste très présent… A moins qu’on puisse interpréter cela comme un appel, de ce secteur associatif, à un véritable besoin d’innovation pour le redynamiser.

Jean-Luc Couvreur et Marc Chambost sont revenus sur l’importance du développement durable pour la région : « C’est peut-être l’un des axe majeur du dévelopement de notre territoire ».

Daniel Bocquet, des hôpitaux Nord-Drôme (2000 salariés, 100 millions d’euros de CA) a voulu souligner la solidarité des entreprises publiques avec ces questions d’innovation territoriales : « Nous avons le même problème que vous pour nous insérer dans le territoire ».
Sylvie Blanco a conclu la table ronde en insistant sur le besoin de développer des connexions pour palier à la panne d’idée et de motivations.

Gérard Chaumontet, vice président du Conseil général, président de la Communauté de communes du Pays de Romans et président du syndicat mixte « Romans Bourg-de-Péage Expansion » s’est félicité de la qualité du débat. Et a rappelé que si la crise de la chaussure masque les bons résultats, notre territoire est innovant : la création d’entreprises a augmenté de 40 % en 4 ans. Il a rappelé que les élus doivent soutenir les initiatives locales, comme Rovaltain, où les élus essayent de développer des projets exogènes d’innovation comme l’Institut des fluides supercritiques qui serviront peut-être demain, à des entreprises régionales comme à celles de la découpe du cuir. Il a rappelé, sans nous faire part de sa vison, que la question de savoir comment les élus voient l’avenir, comment ils imaginent celui de notre territoire était primordial.

L’absence d’élus de Romans comme de Bourg-de-Péage a été particulièrement remarquée (mais la ville de Romans ne répète-t-elle pas à l’envie, comme heureuse d’en être débarrassée, « qu’elle n’a pas la compétence économique sur son territoire », parce qu’elle a été confiée à la Communauté de communes… Je vous laisse apprécier).

Un débat en tout cas intéressant. Bravo à Georges Perret et à Romans d’avenir d’avoir sur mobiliser beaucoup d’entrepreneurs locaux et d’avoir offert un sujet qui se prête aux propos positifs à au rassemblent des énergies et des volontés. Souhaitons que le contact pris saura se renouveler, et pas seulement dans un an, pour une autre rencontre, comme l’a déjà annoncé Georges Perret, mais tout le long de l’année, pour que les projets comme les acteurs échangent et se mettent en réseau sur ces questions. Qu’ils construisent des choses ensemble, sur la durée, plutôt que de se rencontrer ponctuellement. Comme l’a souligné Sylvie Blanco, la mise en réseau est un élément essentiel du dispositif.

D’ici quelques semaines, je suis persuadé qu’un projet pourra peut-être retenir l’attention de tous, et donner l’occasion de mettre en avant la capacité d’innovation de notre territoire. Nous y reviendrons.

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Written by leromanais

3 octobre 2006 à 11 h 59 mi

Publié dans Economie

4 Réponses

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  1. Bravo Hubert pour ce compte-rendu réalisé dans un délai express.
    Le club de réflexion « Romans d’avenir » s’engage à donner une suite à cette soirée, non pas dans un an mais tout au long de la saison 2006-2007. C’est en tout cas le sens de notre démarche, une contribution citoyenne, pour tisser un réseau au sein de la société civile, élaborer une vision du développement du territoire et initier des actions novatrices. « Cap sur la créativité sociale ! ».
    Georges Perret

    georges perret

    3 octobre 2006 at 13 h 35 mi

  2. je ne suis encore jamais allée à la foire de romans, visiter des stands commerciaux et voir Loana ne sont pas forcément des activités qui m’enchantent. Votre blog, contrairement à la presse locale, présente enfin la foire sous un autre aspect!
    merci pour ce compte rendu fort interressant , qui donne de l’information mais aussi matière à réfléchir !(mais au fait pourquoi la presse locale ne joue pas ce rôle?? 😉

    halala

    4 octobre 2006 at 11 h 19 mi

  3. etant present a ce debat tres interessant , les chefs d entreprises on pu expliques que pour ne pas rester en reste il fallait etre inovant demontrant leurs capacités de reactivitées.
    Par contre a la question posé : sur l embauche des jeunes sans experiences et les seniors … la … c est le desert de gobi!!!!!Ni les elus , ni les chefs d entreprises n ont fait preuve d innovation pour elucider ce probleme majeur qui touche notre societe!!!!

    touche temperé

    26 octobre 2006 at 9 h 11 mi

  4. complement d information: un chef d entreprise a formulé aux elus de suprimer la taxe sur les assedics que chaque entreprise paie en imposant une comtrepartie d embauche a la clef en fonction dela taille de l entreprise. que font nos élus concrétement????

    Je ne suis pas sûr pour ma part que c’ait été la meilleure proposition de la soirée, même si elle a été très applaudie et que celui qui l’a évoqué était certainement sincère. Quant aux candidats qui aujourd’hui sont capables de porter cette idée sur les fonts législatifs, je ne suis pas sûr qu’il s’en trouve beaucoup. – Hubert.

    touche temperé

    26 octobre 2006 at 9 h 17 mi


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