LeRomanais

Agir local, penser global. L’internet local à Romans-sur-Isère et ses environs (Drôme).

L’impasse romanaise : où va Romans ?

with 4 comments


Henri Bertholet, maire de RomansJeudi 16 mars, l’équipe municipale invitait les citoyens pour décortiquer le budget de la ville. Alors que les chiffres auraient tendance à effrayer n’importe qui, force est de constater que la présentation était plutôt bien faite et assez claire, malgré l’avalanche de données et de chiffres. Malgré mes demandes courtoises, on n’a visiblement pas voulu me faire passer les slides de la présentation et comme ils ne sont pas téléchargeables sur le site web de la ville, il va falloir vous en passer : la transparence romanaise a toujours ses limites.
____
Où va la ville ?
Le budget de la ville se compose de 46,7 millions d’euros, auquel il faut ajouer 10,7 millions d’euros de budgets annexes pour les quartiers nouveaux notamment.

Recettes
29 % provient de la fiscalité locale
25 % de la dotation de l’Etat
20 % des reversements de la CCPR
7 % de l’emprunt et autant d’autres ressources (locations…)
5 % de subventions

Dépenses
34 % est servit au patrimoine et aux services généraux
18 % à l’environnement et à la voierie
11 % à l’anuité de la dette
9 % au logement, à la santé et à l’action sociale, et tout autant à l’éducation
8 % au sport et à la jeunesse
7 % à la culture

Il faut ajouter aux budgets de l’action publique ceux du Centre communal d’action social (4,5 millions), celui d’Habitat pays de Romans (49 millions) et celui de la CCPR (42 millions).

Le maire a illustré l’action de la ville face à une intéressante moyenne issue des statistiques de l’Observatoire des finances et de la fiscalité des villes moyennes (novembre 2005) issue de la Fédération des maires de villes moyennes qui rassemble 136 municipalités de 20 à 80 000 habitants.

Dépenses
Dépenses totales : 1397 euros/habitant à Romans contre 1523 euros/habitant en moyenne
Dépenses courantes de fonctionnement : 952 e/hab à Romans contre 1025 e/hab en moyenne
Dépenses de personnel : 561 e/hab à Romans contre 591 e/hab
Dépenses de caractère général : 206 e/hab à Romans contre 242 e/hab
Subventions versées : 184 e/hab à Romans contre 189 e/hab

Recettes
Recettes totales : 1360 e/hab à Romans contre 1537 e/hab en moyenne
Fiscalité directe : 621 e/hab à Romans contre 687 e/hab
Dotation globale : 184 e/hab à Romans contre 237 e/hab

Henri Bertholet, à la tribune, Jean-Marc Durand, Jean-David Abel, Jean-Pierre Béraldin et Eric Le MarecPour le maire, les difficultés de la ville ne proviennent pas d’un excès de dépense, mais de l’insuffisance des recettes par rapport à d’autres villes moyennes de même importance : la ville perçoit 177 euros/hab de moins que les villes de taille comparables. Le poids de l’encours de la dette étant écarté d’un revers de la main (il pèse pourtant 1699 euros/hab à Romans contre 1074 euros/hab en moyenne).

Les raisons sont multiples, comme les a pointé le premier magistrat :

  • Les bases de la fiscalité sont historiquement faibles : 20 % de moins que celles des villes comparables et même en votant un taux d’imposition supérieur à la moyenne, cela ne compenserait pas la faiblesse de la base.
  • La dotation globale de fonctionnement est très inférieure : 184 euros/hab à Romans contre 237 euros/hab en moyenne.
  • La ville assume un statut de ville-centre, sans obtenir la dotation spécifique.
  • Les transferts de charge de l’Etat ne sont pas compensés, comme c’est le cas avec les traitement des demandes de permis de construire, auparavant à la charge des Direction départementales de l’équipement et désormais à la charge des villes : à Romans cette charge emploie 3 personnes). Mais ce constat touche également les autres villes moyennes.
  • Le contexte économique romanais n’est pas très favorable, les revenus perçus de la taxe professionnelle y étant plus faible qu’ailleurs.
  • Romans assume sa politique volontariste de soutien aux associations ainsi que son endettement important qui lui a permis de faire des investissements et des réalisations nécessaires.

Les solutions esquissées

  • Faire augmenter les bases de la fiscalité locale. Le maire a annoncé vouloir rencontrer le préfet pour faire réviser et réévaluer la base de la Dotation globale de fonctionnement (DGF) touchant Romans-sur-Isère. On ne peut que s’en féliciter et même s’étonner que cette rencontre n’ait pas été faite plus tôt.
  • Continuer la réduction des frais de fonctionnement (300 000 euros d’économie en 2004, 500 000 en 2005, 700 000 en 2006).
  • Développer la prospérité locale et densifier la ville en développant son attractivité « touristique et commerciale ».
  • Ralentir l’investissement.
  • Tout faire pour créer la communauté d’agglomération qui permettrait à Romans de bénéficier de 900 000 euros supplémentaires chaque année

____
Tribune
L'équipe municipaleS’en sont suivit d’intéressantes questions posées par quelques 150 participants (autant qu’au premier rendez-vous citoyen du 25 mai dernier). La moyenne d’âge était moins élevée que lors du Forum des association du 14 octobre 2005, mais beaucoup de participants provenaient de structures institutionnelles locales visiblement. Le maire est revenu sur les inconvénients de devenir la grande banlieue de Valence. Il a défendu l’endettement de la Ville, bien que n’en étant pas le seul responsable, expliquant que la ville a profité de taux d’emprunts bas pour investir. Jean-Pierre Béraldin, adjoint au finances était assez à l’aise pour défendre ses choix, expliquant par exemple que les loyers de la nouvelle gendarmerie étaient supérieurs au coût de l’emprunt réalisée pour la construire. Sans compter que les investissement voulus par la ville, comme les Cordeliers, décriés en 93-94 où le gymnase Roger François aujourd’hui, étaient des investissements souvent bien subventionnés (50 à 60 % de subventions pour la piste d’athlétisme, 70 % pour l’Opération de réaménagement urbain du quartier de la Monnaie) et dont tout le monde était satisfait… après. Quelques citoyens présents se sont dit prêts à agir pour soutenir la municipalité dans sa demande d’interpelation de l’Etat au sujet de la révision des DGF. Interpellé sur le fait que malgré, leur même couleur politique, la communauté d’agglomération était restée dans les cartons, le maire a regretté que le mariage ne soit pas à l’ordre du jour.

« Pourquoi ne pas augmenter les impôts alors ? », a demandé un participant. Un point d’impôt, c’est 140 000 euros supplémentaires pour les caisses de la ville. Le maire a expliqué que le taux communal de 10 % est au-dessus de la moyenne nationale, même si son produit rapporte beaucoup moins que des villes dont le taux est moins élevé. Sans compter que beaucoup de Romanais ne payent pas d’impôts, ou de taxe d’habitations : le service public ne peut pas reposer sur une seule frange de la population (45 % des Romanais sont assujettis à l’impôts sur le revenu contre 52 % de la population en moyenne).

Bien évidemment, on n’a pas évité le lièvre carnaval, que la mairie a défendu en expliquant que son coût n’était que de 80 000 euros (un budget qui a diminué de 20 % en 2005 et de 30 % en 2006), alors que plusieurs associations ont des financements supérieurs et que cette manifestation est tout de même un moment de la vie locale.

Malgré un discours assez intéressant, la municipalité a donné l’impression de gérer la crise dans un sentiment d’abattement un peu dépressif. On doit « répartir le peu qu’on a » a dit un élu en présentant « le grand cadre de nos contraintes budgétaires et nos orientations de rigueur » a précisé le maire. Si l’équipe municipale a montré qu’elle maîtrisait son dossier, n’en a pas moins transpiré une espèce de sinistrose, pessimiste et fataliste. Cette troisième grande messe publique n’était pas pour remonter le moral des troupes. Espérons que la prochaine rencontre citoyenne sera plus ouverte à des projets qu’à des constats amers comme c’était le cas ce soir encore.

____
Une solution ou une impasse ?
Le maireReste que la situation décrite et les solutions esquissées semblent tout de même dans une impasse. Une impasse d’autant plus grande que Romans est isolée. Elle n’a pas de soutien à l’Assemblée nationale, le député local, Gabriel Biancheri n’étant pas du même bord politique – et il n’est pas sûr qu’elle parvienne à en avoir un l’année prochaine, vu la guerre intestine qui à l’air de se profiler à gauche (dans le clan PS), entre partisans de Didier Guillaume et partisans d’Henri Bertholet. Romans n’a pas de soutien sur la rive d’en face pour créer une communauté d’agglo (Y’a-t-il d’ailleurs quelqu’un en face qui y travaille ? Des élus ou des militants communistes, Verts ou PS ? Y aura-t-il à BDP une liste de « non-inscrits » (de faits, les appareils PS ne soutiendront pas une scission et n’enlèveront pas leur soutien à la liste de Didier Guillaume, président du département) en faveur de la communauté d’agglo ?).

Que peut-elle faire pour améliorer les bases de l’impôt local ou réviser la Dotation globale de fonctionnement (DGF) ? Peut-elle le faire seule ? La FMVM (Fédération des maires des villes moyennes), qui pourraient être son soutien pour porter cette revendication risque d’être bien clairsemée : beaucoup de villes ne suivront pas les propositions de Romans dans sa demande de révision de la DGF car beaucoup en profites. Que lui reste-t-il ? Rappeler à l’Etat que les transferts de charges sont insuffisants ? Il va lui falloir crier bien fort pour être entendu alors que les villes, les départements et les régions ne cessent déjà de le répéter.

Donc on le voit, sur la plupart des solutions esquissées, Romans n’a pas la main ou ne se donne pas totalement les moyens de l’avoir. Sans compter que l’essentiel du combat pour Romans, ne se situe pas à Romans, mais alentour, avec l’aide des autres… Peut-être faut-il voir là Romans payer sa morgue d’avoir aussi quand même longtemps voulu tirer la couverture à soi. Elle n’a pas seulement hérité du fait d’être une ville-centre, c’est une situation qu’elle a aussi voulu, en capitalisant les équipements sur son seul territoire (la piste d’athlétisme ou le gymnase aurait tout à fait pu être construits sur le territoire d’une commune limitrophe, non ?). Aujourd’hui, Romans paye le prix fort de sa morgue : d’autant plus que cela lui a attiré un rejet de bien des communes alentours, qui auraient souhaité profiter elles aussi d’installations que Romans a centralisé sur son territoire. C’est notamment le cas de Bourg-de-Péage vers qui Romans n’a jamais vraiment non plus tendu une main franche.

En tout cas, aujourd’hui, Romans ne s’en tirera pas seule. C’est le canton qu’il faut convaincre pour les prochaines législatives. C’est la rive Sud qu’il faut convaincre pour les prochaines municipales. C’est aux partis politiques locaux, sachant cela, de prendre leurs dispositions et de se mettre en ordre de bataille.

Au final, la seule solution sur laquelle la ville peut jouer, c’est en développant la prospérité locale, en développant l’attractivité touristique et commerciale – et je rajouterais, le mot n’a pas été prononcé, « économique ». Là, elle a peut-être encore un rayon d’action – certes limité, certes difficile et fragile. D’abord en criant plus fort ses besoins suite à la crise de la chaussure – mais plus le temps passe, moins il joue, il faut se dépêcher.

Et peut-être en choisissant d’innover, en choisissant de faire porter sa communication différemment : en cherchant à attirer des parisiens, des nouveaux métiers, des nouveaux entrepreneurs, coincés dans la couronne parisienne et qui seraient bien heureux de découvrir qu’ici, ils sont à deux heures de Paris. Car quoi qu’on en dise, l’essentiel du problème romanais est que les recettes ne sont pas suffisantes : qu’il n’y a pas assez d’entreprises à Romans. Soit, la crise de la mono-industrie a fait du mal. Mais que fait Romans pour attirer des entreprises ? Je ne parle pas même pas de zones franches ou de zones industrielles… Je ne parle même pas de l’essor d’entreprises locales. Je dis, qu’a-t-elle fait pour attirer des entreprises, des entrepreneurs, des salariés venant d’ailleurs ? Comment Romans attire-t-elle des richesses, car c’est bien d’elle dont elle a prioritairement besoin ? La délégation de la compétence économique à la Communauté de communes est-elle finalement un atout pour la ville ?

Beaucoup de « bobos » comme on les appelle seraient intéressés à découvrir ici une vie sociale réelle et un cadre de vie agréable. D’autres s’y essaient, qui n’ont pas forcément nos atouts et y réussissent un peu, même si ce n’est pas facile bien sûr…

Romans veut-elle des Bobos ? Romans veut-elle des entrepreneurs ? Quand on entend la manière dont on a parlé des entreprises hier soir (je reconnais que ce qu’il s’est passé avec Jourdan est sur bien des points scandaleux et je comprends tout à fait les arguments qui disent qu’il n’est pas normal qu’on subventionne les entreprises à perte), on se dit qu’elles ne sont pas les bienvenues. C’est dommage. Car on a beau tourner toutes les solutions dans tous les sens, en regardant les chiffres, ce dont a le plus besoin Romans, c’est de nouvelles entreprises et d’entrepreneurs.

La ville ne manque pas d’atouts. Reste à les mettre en valeur et à fédérer les énergies autour de nouveau(x) projet(s) pour attirer des volontés… Et à le faire savoir.

Publicités

Written by leromanais

29 mars 2006 à 22 h 45 mi

4 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. le romanais aurait-il démangé sur BP pour y prêcher la résignation des élus romanais ? Il nous avait habitué à davantage d’esprit critique. On a droit avec cet article, à un résumé de la politique municipale, rien de plus.

    malcom

    2 avril 2006 at 18 h 32 mi

  2. Tiens, revoila le concombre masqué. On s’essaye à l’humour ? Facile. Mais vous avez raison Malcom in the middle, la première partie est bien un résumé. Vous repassez la semaine prochaine pour lire la suite, d’accord.

    Tout cela pour dire, cher Malcom, que la critique ne me gêne pas si elle est argumentée. Soyez intéressant pour ceux qui vous lisent. Donnez-nous votre avis plutôt que votre jugement péremptoire. Déballez vos arguments, parce que j’aimerais bien savoir en quoi dire que la ville ne se donne pas les moyens des solutions qu’elle a esquissé prêche la résignation ? Surtout quand on pointe là où il faudrait, je crois, travailler.

    hubert

    2 avril 2006 at 22 h 38 mi

  3. Pourquoi venir a Romans ?
    Moi je suis ex-lyonnais, consultant indépendant dans l’informatique et j’en avais marre de Lyon et j’ai choisi de m’installer à BDP (Je cherchais sur Romans pas pas trouvé).

    Je suis venu car :
    1) TGV : 7mn de BDP, 2h10 de Paris
    2) ADSL
    3) cadre de vie et accueil bien plus sympa que sur Lyon, super pour mes 2 gamins

    Installé depuis Aout, nous sommes ravis d’être venus, dommage que les collectivité ne fassent pas plus de pub pour cette région si sympa.

    Le seul point négatif c’est de sentir cette sinitrose ambiante….alors tout collectif pour tenter de rebooster cette ville/région est le bienvenu

    Patrick

    11 avril 2006 at 18 h 07 mi

  4. C’est vrai que la région de Romans/valence est sympa pour qui vit à Paris et plus encore pour qui est né dans la Drôme (au nord de Bourg de péage pour ce qui me concerne).

    Au vu de la qualité de vie parisienne je me demandais justement si, après 10 ans sur Paris, ce ne serait pas le moment de retourner « à la maison ».

    Reste le point épineux de l’activité profesionnelle (je suis journaliste) et le compte rendu de cette réunion n’incite pas à l’optimisme pour qui a envie, avec sa famille, de revenir s’installer dans la région.

    Florian Innocente

    12 avril 2006 at 18 h 57 mi


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :