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A Bourg-de-Péage, la culture a un prix : le double

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Nous sommes de gros emprunteurs de matériaux culturels et fréquentons assidument les deux médiathèques romanaises.

Les Halles de Romans, vues de Bourg-de-Péage. Les Halles accueillent également la médiathèque Simone de Beauvoir, l'une des médiathèque du pays de RomansEt voilà que nous avons dû renouveler notre abonnement annuel. Mais, entre temps, nous sommes passés d’une rive à l’autre de l’Isère, déménageant de Romans à Bourg-de-Péage. Et ce déménagement se fait culturellement sentir, d’abord parce que nous nous sommes géographiquement éloignés de nos médiathèques et que nous y allons donc beaucoup moins souvent. Ensuite parce qu’alors qu’un Romanais ou qu’un habitant de la Communauté de commune du pays de Romans ne paye que 14 euros pour l’année, il en coûtera plus du double à un habitant de Bourg-de-Péage ou de la Communauté de communes de Bourg-de-Péage (CCBDP). C’est à croire que l’octroi a toujours cours dans la Drôme. Pour inscrire deux adultes, il faut débourser 64 euros (contre 28 si on appartient au bon côté du pont). Ca commence à faire un peu cher l’accès à la culture, vous ne trouvez pas ? (1)

Disons surtout qu’il n’y a que de mauvaises raisons au fait que Bourg-de-Péage et les communes du canton ne participent pas à la vie financière des médiathèques locales. La Ville et la CCBDP pourraient proposer de s’aligner sur un tarif unique en allouant une compensation financière proportionnelle au nombre d’emprunteurs en provenance de leurs communes (2) . La solution serait assez simple et permettrait de proposer enfin un tarif unique. Visiblement, si l’on en croit les tarifs, une entente existe déjà puisque les jeunes de moins de 18 ans, de BDP comme de Romans bénéficient de la gratuité (mais pas ceux de la CCBDP, allez comprendre pourquoi ?).

L’accès à la culture et à la lecture ne semble pas une priorité du conseil municipal péageois. Soit. Pour ma part, je le regrette. Force est de reconnaître que nous avons dû « filouté ». Nous avons souscrit une seule inscription adulte (désolé de faire tomber vos statistiques) et avons pris une carte gratuite pour chacun de nos trois enfants, même la petite dernière qui n’a pas deux ans.

La ville de Bourg-de-Péage s’en moque. Elle préfère certainement travailler discrètement à son projet d’implantation d’une médiathèque départementale (ça sert d’être président du Conseil Général). Et oui, l’infrastructure est alors gérée par le département et non par la ville ou son pays. Elle va être aussi financée en grande partie ou en totalité par le département avec des moyens bien supérieurs à ce que pourrait faire les communes du canton ensemble. Mais ne croyez pas que cela va profiter aux livres ou aux lecteurs. Les fonds des médiathèques, bien que distantes de quelques centaines de mètres, seront complètement indépendants : et plutôt que de travailler la complémentarité des titres et des catalogues ou le prêt interbibliothèque (3), celles-ci vont acheter les mêmes choses en double.

Ainsi, plutôt que de proposer des titres différents, la médiathèque départementale et les médiathèques cantonnales vont acheter les mêmes livres (beaucoup d’ouvrages de fonds sont identiques : dictionnaires, encyclopédies, romans les plus demandés, classiques, etc.). Alors que si l’une dispose par exemple d’une collection assez pointue de livres d’arts, l’autre pourrait se spécialiser sur un autre sujet et renvoyer les lecteurs férus d’arts à la bibliothèque la mieux fournie. Dit autrement, toutes deux achèteront plusieurs exemplaires du dernier Dan Brown, alors qu’une complémentarité de catalogue aurait permis d’en acheter peut-être un petit peu moins en faisant mieux circuler les exemplaires, au profit d’autres titres et donc, de la diversité de choix.

Bref, les deux rivales pourront continuer leur guégerre intestine à se battre pour savoir laquelle à la plus grosse. Ce ne sera pas au profit des utilisateurs comme je viens de vous l’expliquer.

En attendant et décidément, de ce côté ci de l’Isère, il y a tout à faire au niveau de l’intercommunalité. Ca donne des perspectives pour 2008, non ?

____
1. Toute chose égale par ailleurs. Réparti sur 365 jours et rapporté au nombre de titres qu’il est possible d’emprunter, la dîme reste modeste. Mais les incitations à la culture et plus encore à la lecture m’ont toujours semblé devoir être les priorités d’une politique culturelle. Et devrait passer devant l’organisation de lotos, repas dansants, concerts, galas, expositions « picturales », etc. qui sont font l’essentiel de l’activité du service culture de Bourg-de-Péage.

2. Odile, René, qui êtes les responsables des deux médiathèques de Romans, juste pour nous donner une idée de la compensation que cela pourrait générer, pourrait-on avoir une idée du nombre d’inscrits par provenance géographique aux médiathèques actuellement ? La mise en place passée d’un tarif réduit pour la CCPR a-t-elle conduit à un boom des inscriptions en provenance de la CCPR ? Vous pensez qu’une réduction de prix aurait un effet positif sur le nombre d’inscrits ? D’autres Péageois vous font-ils ce retour ou suis-je le seul à râler ?

3. Le prêt interbibliothèques marche d’une manière plutôt souple entre les deux médiathèques romanaises, puisqu’on peut faire venir des livres de l’une à l’autre facilement ou les rendre indépendamment de l’endroit où on les as louées. Ce qui est très pratique, il faut en convenir. On peut douter qu’une médiathèque départementale s’insère dans cette complémentarité. Ce serait pourtant, vous l’aurez compris, indispensable.

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Written by leromanais

10 février 2006 à 8 h 00 mi

Publié dans Culture, Réaction

14 Réponses

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  1. Et ou en est le projet de nouvelle structure pour l’école Nationale de musique de Romans? J’ai entendu dire que le maire de Bourg de Péage, et président du conseil général, préfairerait mettre le paquet sur la médiathèque départementale…

    Busseuil

    10 février 2006 at 9 h 00 mi

  2. Je ne sais pas cher Busseuil. Mais peut-être qu’un conseiller municipal de Romans aura la gentillesse de venir vous répondre.

    hubert

    10 février 2006 at 9 h 19 mi

  3. Au voleur ! Maintenant, on sait où passent nos impôts : ce sont les péageois qui nous les piquent ! 🙂

    Blague à part et à propos des collections dans les différentes bibliothèque :

    – on peut discuter le fait d’acheter plusieurs exemplaires d’un best seller ; personnellement, je ne lis pas ce genre de livres et je suis donc contre.

    – par contre, il faut penser aux personnes qui ont des difficultés à se déplacer. Comme tu le sais, je suis dans ce cas et je vais plusieurs fois par semaine à la bibliothèque Simone de Beauvoir. Si ils décidaient de déplacer la collection « histoire » ou « philo » à BDP, comment ferais-je ?

    Jean-Yves

    10 février 2006 at 10 h 07 mi

  4. je suis tentée d’élargir la discussion sur le prix de culture. Il me semble ,(et de nombreux bibliothécaires célèbres partagent ce point de vue, cf.Anne Marie Bertrand), que la gratuité n’est pas une condition suffisante mais qu’elle est une condition nécéssaire pour l’accès du plus grand nombre, et surtout des moins familiers de l’univers culturel, des ressources des bibliothèques.
    L’article 9 de la Charte des bibliothèques … » l’Etat doit prendre les mesures propres à corriger les inégalités dans l’accès à la lecture et à la documentation et veiller à l’équilibre des ressources documentaires sur l’ensemble du territoire ».
    Et oui, l’égal accès à la culture est loin d’être un objectif atteint dans notre pays!!!

    odile

    10 février 2006 at 10 h 54 mi

  5. Jean-Yves > moi non plus je ne suis pas fan des best-sellers, mais je crois que les bibliothèques doivent s’adapter à tous les publics et offrir aussi ce type de livres si la demande existe. Mieux vaut lire un livre que ne pas lire du tout. Mais je suis d’accord pour dire que tout le budget ne doit pas être dévolu à cela : c’est le risque de bibliothèques concurrentes, je pense.

    Oui, le déplacement, ce n’est pas faux. Mais cela peut être résolu par la coopération et le prêt interbibliothèques. Des fonds qui ne se font pas concurrence et des passerelles pour que les ouvrages puissent circuler d’un lieu à l’autre sont certainement des bonnes options.

    Odile > Vous allez plus loin que je ne vais. 🙂 Vous nous faites des confidences sur le nombre d’abonnés ? Vous avez des gens de BDP qui se plaignent du prix ? Si j’en crois votre propos, vous avez des Romanais également.

    hubert

    10 février 2006 at 11 h 21 mi

  6. Hubert > J’ai bien dit que je ne suis pas contre le fait qu’une bibliothèque achète un exemplaire de chaque best seller mais pas plusieurs.

    Je comprends ton idée de prêt interbibliothèques mais ça pose quand même un problème :

    quand on est devant un rayonnage de bouquins, on touche, on feuillette et souvent, on trouve un super bouquin qu’on ne connaissait pas.

    Le prêt interbibliothèque ne fonctionne pas dans ce cas là.

    Jean-Yves

    10 février 2006 at 12 h 01 mi

  7. heureusement que les bibliothèque achètent aussi des « best-sellers » pour satisfaire tous les publics ; « la connaissance passe par la reconnaissance » et face à des multitudes d’auteurs, de titres….on se sent moins seul quand on connaît quelques ouvrages ; on pense avoir sa place dans la bibliothèque.

    odile

    10 février 2006 at 13 h 30 mi

  8. En 2005, il y eu exactement 811 péageois qui ont emprunté des documents à la médiathèque dont 301 adultes.
    Le coût de la médiathèque est entièrement supporté par la Communauté de Communes du Pays de Romans. Du point de vue économique, il est donc normal que deux tarifs cohabitent. Du point de vue de l’intérêt de la lecture publique, c’est une tout autre affaire…

    René

    10 février 2006 at 17 h 47 mi

  9. René > Vous êtes en train de dire que la gratuité pour les péageois de moins de 18 ans est sans compensation de la part de la municipalité péageoise ? C’est un cadeau de la Communauté de communes à la ville de BDP ?

    hubert

    10 février 2006 at 18 h 26 mi

  10. Pas du tout. BDP rembourse à la CCPR le tarif qu’auraient dû payer les enfants péageois.

    René

    11 février 2006 at 9 h 09 mi

  11. Il me semblait aussi que je vous avais mal lu René. 🙂

    hubert

    12 février 2006 at 12 h 00 mi

  12. Le sujet fait écho même sur les forums de bibliothécaires. Via Bibliobession.

    hubert

    13 mars 2006 at 19 h 27 mi

  13. bonjour
    au dela de la question des complémentarités des équipements et actions culturelles qui semblent patir des antagonismes de territoire portés par les élus décideurs de part et d’autres des 2 RIVES!!!
    il semble ne pas exister un shéma formalisé ,ecrit d’une
    politique culturelle sur les 2 territoires ( cc bdp et cc romans)
    considérant que les enjeux culturels à venir sont liés aux communautés de communes et l’intervention positive des citoyens comme force de proposition, pourquoi ne pas organiser des assises culturelles de la cc de romans puis la meme chose pour la cc de bourg de péage(le meme week end…symbole!!)
    bien amicalement

    franck

    12 avril 2006 at 16 h 39 mi

  14. 5 ans, le délai de l’action publique ? Depuis quelques jours, les tarifs seront au même prix, qu’on habite d’un côté ou de l’autre de l’Isère apprend-t-on. http://www.pays-romans.org/actualite.php?actu=103

    Pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour que cette décision soit prise ?

    Hubert Guillaud

    23 février 2011 at 12 h 08 mi


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