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La Cité Jules-Nadi

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L’association pour la Sauvegarde du Patrimoine romanais-péageois publie un nouvel ouvrage sur l’histoire de la Cité Jules-Nadi. Une présentation de l’ouvrage aura lieu samedi 17 septembre, dès 10h30, à l’Ecole Jules Nadi, rue Francisco Ferrer à Romans.

La couverture de l'ouvrage
Si le patrimoine architectural de l’Humanité concerne d’abord les imposants monuments de l’Histoire, il ne doit pas ignorer les demeures des plus humbles. Leur histoire permet de rappeler le progrès matériel vers lequel tendent les civilisations. C’est notamment le cas des différentes formes d’habitats élevés au cours du XXe qui suscitent un intérêt de plus en plus grand. Romans en conserve un témoignage rare avec la cité-jardin Jules Nadi inscrite au titre du « Patrimoine du XXe siècle ».
Nous sommes alors au début des années 1920, la nombreuse population ouvrière de notre ville, une dizaine de milliers de personnes, dont une partie sans travail, s’entasse dans les logements insalubres du centre ancien, quartiers St-Nicolas, de la Presle, de la Pavigne. Dans l’ancienne caserne de la Presle, « les murs sont dégradés, sur la face nord, les logements ignorent d’une façon presque totale le soleil, pas d’eau, les WC sont accolés les uns aux autres, sans tuyau d’évent ; les appartements situés au voisinage du lavoir sont humides et inhabitables, certains d’entre eux sont des taudis ».

La municipalité socialiste de Jules Nadi œuvre pour améliorer la société et la vie de ses concitoyens et décide d’offrir à Romans les premiers logements sociaux. Le choix se porte sur le concept de cité-jardin d’origine anglaise qui se développe alors dans la région parisienne. La mise en oeuvre est confiée à l’Office Public HLM créé à cet effet en 1920.
L’urbaniste-architecte parisien Maurice Fournier propose d’excentrer cette cité-jardin : sont retenus les terrains disponibles du quartier de la Pomaresse, en bordure de la route de Grenoble. Les travaux commencent en 1925 ; l’inauguration officielle en 1928 est présidée par le ministre Louis Loucheur. Le maire, Jules Nadi meurt cette année-là et la cité-jardin prend son nom.
Près de 500 personnes, pour la plupart issues du monde ouvrier, s’installent en quelques mois dans de petites maisons entourées d’un jardin, ouvertes sur des rues et des espaces de vie commune. Les loyers sont peu élevés. Les familles sont nombreuses, avec de jeunes enfants : une école maternelle est ouverte dans la cité, elle accueille avant-guerre jusqu’à 300 élèves.

Le plan de la Cité Jardin en 1924Pour tous, c’est un nouveau monde : « avoir 8 ans, se retrouver dans une maison neuve, dans la campagne et la verdure, un jardin à soi, des carrés de légumes ». Bien que les logements soient de surface modeste, une cuisine, une salle commune, une ou deux chambres. La plupart des locataires découvrent le confort avec « des toilettes à l’intérieur ». Pour beaucoup, la « cité » est un village à la périphérie de Romans : dont l’un des événements annuels est le passage de la transhumance.
Les relations de voisinage sont intenses : « pas de malheur ou de joie chez un habitant sans que tout le quartier y prenne part ». Les enfants jouent sur la place, un patronage fonctionne le jeudi après-midi. Des équipes sportives se créent, cyclo-cross, rugby, basket, foot. La cité participe au corso-carnaval de la ville avec un char. Il y a surtout la Fête de la cité organisée par l’Amicale de la Cité avec son char, sa reine et ses demoiselles d’honneur.
Les origines sociales des nouveaux locataires favorisent l’implantation, dans la cité, d’une cellule du Parti Communiste qui édite le journal L’Echo des Cités et gère de nombreuses activités notamment à travers l’UJRF, les Jeunesses communistes de l’époque.
Cet engagement politique se retrouve lors de la Seconde Guerre mondiale. A partir de l’automne 1943, les Allemands s’installent à Romans. En juin 1944, de nombreuses jeunes de la Cité montent au Vercors, l’un d’eux est massacré dans la grotte de la Luire, les survivants participent à la Libération de Romans le 22 août 1944. Le 27 août, les Allemands reviennent, des maisons de la cité sont mitraillées, des habitants arrêtés. L’un des plus courageux actes de Résistance civile est l’accueil par des familles de la cité d’enfants juifs amenés par des réseaux du sud de la France. Les plus petits sont scolarisés à l’école sous des faux-noms. Ces enfants ont échappé aux rafles et ont survécu. Il y a quelques années l’un d’eux a fait parvenir une lettre à sa famille de la cité : « ma reconnaissance pour tes parents et toi-même est immense puisque vous avez partagé et, en fait, sauvé ma vie ».

L’expérience du logement social avec des cités-jardins est cependant éphémère. Dès les années 1930, elle s’arrête pour des raisons de coût et de développement des techniques : le modèle pavillonnaire disparaît au profit de l’immeuble collectif puis des grands-ensembles. A la fin des années 1950, la cité Jules Nadi est quelque peu délaissée par l’Office public HLM de Romans au profit des immeubles élevés dans le quartier voisin de la Monnaie.
La première campagne de rénovation se déroule dans les années 1986-1987. La cité Jules Nadi reste pour les Romanais le modèle de logement social réussi. En 2005, la demande pour être locataire reste encore importante, longue est l’attente pour l’obtenir.
La cité Jules Nadi par son organisation, son histoire est un exemple unique dans la région. L’association Sauvegarde du Patrimoine romanais-péageois a souhaité en faire revivre la mémoire à travers de nombreux souvenirs, témoignages et photos confiés par les habitants. C’est l’objet d’un ouvrage publié le 17 septembre 2005 que chacun peut se procurer (ISBN : 2-9524714-0-1).

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Written by leromanais

10 septembre 2005 à 9 h 20 mi

Publié dans Actualité, Culture

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